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Programme Pause : solidaires envers les scientifiques en situation d’urgence

Lorsque des régimes totalitaires se mettent en place, les scientifiques sont parmi les premiers à être visés par les purges, à être persécutés, privés de libertés, voire même exécutés… Le programme Pause (Programme d’aide à l’accueil en urgence des scientifiques en exil) a pour mission de faciliter l’accueil et le soutien des universitaires et chercheurs menacés pour contribuer à renforcer les connaissances scientifiques dont le monde de demain a besoin.

. © Inra
Par Anaïs Bozino
Mis à jour le 10/08/2017
Publié le 25/07/2017

« En 2016, en Syrie, les chercheurs se trouvant sur des zones de conflits, notamment des archéologues, se sont retrouvés dans une situation dramatique, mettant leur vie en péril... Les chercheurs français ont cherché des manières de venir en aide à leurs pairs syriens mais cela restait insuffisant » explique David Bruchon, Responsable de la communication et de la collecte de fonds de Pause. L’ancien secrétaire d'État chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche, Thierry Mandon, alerté par la communauté scientifique sur la situation des universitaires dont les libertés académiques, voire la vie sont menacées pendant ces crises géopolitiques, a décidé de les aider. C’est ainsi que le 16 janvier dernier, le programme Pause a vu le jour, suite à la signature de la convention entre le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche, le Collège de France et la chancellerie des universités de Paris.

Soutenir des chercheurs étrangers en danger

La vocation de ce programme ? Accorder des aides incitatives aux établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche qui souhaitent accueillir des chercheurs ou des enseignants-chercheurs étrangers en situation d’urgence. En d’autres termes, Pause verse une subvention à l’établissement d’accueil pour le recrutement d’un chercheur en contrat à durée déterminée. Ce soutien financier peut varier entre 20 000 € et 60 000 €, en fonction de la charge de famille et de l’expérience du scientifique (doctorant, post-doctorant ou chercheur confirmé). Le niveau d’urgence, la qualité du dossier scientifique ainsi que le dispositif d’accueil sont les trois critères pris en compte dans la sélection des dossiers. Les organismes mettent tout en œuvre pour assurer l’intégration du scientifique à un niveau professionnel, pendant la durée de l’accueil mais aussi dans ses projets à venir, ainsi qu’à un niveau plus personnel : démarches administratives nécessaires pour réguler sa situation, intégration sociale et culturelle, hébergement…

Comment ça fonctionne ?  

Actuellement, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche, le ministère de l’Intérieur et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères sont directement impliqués dans la mise en œuvre du programme, ainsi que la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche, avec notamment le CPU, le CDEFI, le CNRS, l’Inserm, le Cnous, l’Inra ou encore l’Inria. Le point contact du programme à l’Inra est Moctar Diaby, Secrétaire général de l’unité mixte d'appui aux relations internationales. Il coordonne toutes les demandes et vient en aide dans le montage de candidature si besoin. « Très concrètement, le dossier de candidature est constitué par l’unité d’accueil avec l’appui du centre et du département scientifique de rattachement. Une fois finalisé et transmis au Collège de France par mes soins, le dossier passe devant le comité d’évaluation, composé de scientifiques et de parrains, qui décide le montant du budget attribué. La somme allouée au chercheur est versée sous forme de subvention, par le biais d’une convention » explique Moctar Diaby. Lors de la première session, l’Inra a déposé deux dossiers pour deux chercheurs syriens qui travaillaient déjà dans les laboratoires de l’Inra. L’une des bénéficiaires est accueillie dans l’unité mixte de recherche (UMR) sur les herbivores à Clermont-Ferrand pour finir sa thèse, et l’autre travaille en Paca, à l’unité EMMAH (Environnement méditerranéen et mobilisation des agro-hydrosystèmes) en tant que post-doctorant.

Atteindre des scientifiques partout dans le monde

Il faut poursuivre tant qu'il y aura des scientifiques en danger

Moctar Diaby souligne le fait qu’il y a « une réelle volonté de poursuivre ce projet tant qu’il y aura des scientifiques en danger. Une levée de fonds privés et publics sera lancée pour augmenter les capacités de financement du programme, compte tenu du nombre important de demandes. Il est donc essentiel que nous nous mobilisions ». Aujourd’hui, ce sont 63 scientifiques syriens et turcs, toutes disciplines confondues qui ont été accueillis dans 50 établissements grâce au programme Pause – dont 48 % de femmes. « Nous souhaitons réellement que des chercheurs du monde entier puissent bénéficier de ce programme. Nous pensons notamment aux chercheurs du Venezuela, de la Colombie ou de l’Afrique subsaharienne. Il existe différentes formes de répressions, qui ne sont pas uniquement les plus visibles : il peut y avoir des répressions liées à de nouvelles ou d’anciennes religions, des gangs… » souligne Laura Lohéac, directrice exécutive de Pause. À terme, le but est de permettre à ces chercheurs de rentrer chez eux et de créer un réseau de savoirs, qui représente un intérêt capital pour le monde académique et la recherche scientifique, mais aussi pour la société dans son ensemble.

Appel à candidatures

3e session jusqu'au 20 septembre

Pause lance son troisième appel à candidature pour l’année 2017, ouvert jusqu’au 20 septembre 2017. Ces financements ont pour objet de cofinancer un projet d’accueil pour un(e) scientifique étranger(e) de toutes origines géographiques et de toutes disciplines remplissant l’ensemble des critères d’éligibilité suivants :

- Pouvoir justifier de son statut d’enseignant-chercheur ou de chercheur (doctorant, post-doctorant, chercheur confirmé) de toute discipline académique ;

- Se trouver en situation d’urgence : être victime de persécution ou de violence du fait de son identité ou de ses croyances ou être victime d'un autre type de menace à préciser.

Quel que soit son lieu de résidence actuel :

- être dans l'obligation de s'exiler ;

- avoir quitté son pays d'origine depuis moins de 3 ans - avec des exceptions possibles pour les doctorants et les personnes originaires de zones en conflit depuis plus de trois ans. Les scientifiques qui bénéficient de la nationalité française ne sont pas éligibles.

Bien qu’aucune durée minimum ne soit requise pour l’octroi du soutien financier du programme Pause, il est conseillé aux établissements de proposer des projets d’accueil du scientifique en danger portant sur un minimum de six mois. Les dossiers de candidatures sont constitués par les établissements d’enseignement supérieur publics ou les organismes de recherche publics. Ainsi, si vous souhaitez accéder à ce programme via l’Inra, il faut que vous ayez un projet avec l’unité de recherche concernée, et sur la base de ce projet, l’Inra remplira votre dossier de candidature et le transmettra au Collège de France (contact Inra : Moctar Diaby, Secrétaire général de l’unité mixte d'appui aux relations internationales moctar.diaby@inra.fr).

Appel à candidature Pause

Retour d'expérience

« Pause me permet de continuer mon travail »

C’est le 4 janvier 2011 que Mohamed Alkassem-Alosman arrive en France, à Avignon, après avoir obtenu une bourse lui permettant de continuer ses études. De janvier 2013 à septembre 2016, il fait sa thèse à l’UMR EMMAH, puis signe un contrat en tant qu’ingénieur de recherche pour sept mois et demi. « Je suis Syrien. Une amie qui se trouve dans la même situation que moi m’a parlé de la création de ce programme en janvier dernier. » Avec l’aide de son référent à l’Inra, il candidate au programme Pause dès la première session. « Ma situation est compliquée : j’ai fait quatre ans de thèse, j’ai deux articles en cours qui ne sont pas encore publiés, mon travail n’est pas encore terminé, et il faut que je renouvelle mon visa… Heureusement que j’ai eu un avis positif, car si je changeais de travail, je perdais tout ! Je suis marié et j’ai deux enfants, il fallait absolument que je trouve une source de financement » nous explique-t-il. « Le programme Pause m’aide à valoriser ce que j’ai fait et à continuer mes recherches ».

Plus d'infos

Comment le programme Pause est-il financé ?

Le Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche a mis sur la table deux millions d’euros entre janvier et aujourd’hui, et a créé trois emplois dédiés à ce programme. La gestion a été confiée à un autre organisme : le Collège de France. Le programme fonctionne grâce aux dotations, et pour le moment, la première vague de financement n’étant pas suffisante face à la forte demande, une levée de fonds (publics et privés) va être lancée. Les dons seront recueillis par le fonds de souscription ouvert à la Fondation de France.