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Collectionneurs de ressources génétiques à l’Inra

Collectionneurs de ressources génétiques à l’Inra

Un généticien en chêne et en os

Pionnier, Antoine Kremer engage dès les années 80 des recherches à l’échelle européenne sur la  diversité génétique des chênes en s’appuyant sur la génétique des populations et la biologie évolutive. Directeur de recherche à l’unité mixte de recherche Biogeco (Biodiversité, gènes & communautés) à l’Inra de Bordeaux, il a plus de 180 articles à son actif. Déjà « Nobel international » de la filière bois, il est aujourd’hui lauréat d’une bourse de 2,5 millions d’euros du Conseil européen de la recherche qui lui permet de consolider ses travaux dans le cadre du projet consacré à l’évolution génétique des arbres en réponse aux changements environnementaux.

Par Cécile Poulain
Mis à jour le 03/07/2017
Publié le 07/12/2011

Comprendre comment les espèces forestières évoluent

« La diversité génétique entre deux chênes pris au hasard dans une forêt est quatre fois supérieure à celle entre deux personnes humaines d’une population donnée ! Les arbres forestiers sont capables de maintenir des diversités génétiques très élevées qui leur permettent d’évoluer rapidement en dépit de leurs longues durées de génération » décrit Antoine Kremer, explorateur de forêts et de génomes. « J’essaie de comprendre comment les espèces forestières évoluent sous l’effet de phénomènes naturels ou artificiels… La question de l’évolution est centrale dans le contexte des changements climatiques ». Associant des approches historiques et génétiques sur plus de 2 600 forêts, il reconstitue le scénario de l’implantation des chênes en Europe et élucide les mécanismes qui ont conduit à leur adaptation.

De  la petite histoire des gènes à  la grande histoire des chênes

Alors que les recherches en génétique des arbres se limitaient dans les années 80 à la sélection et à l’amélioration, Antoine Kremer l’applique à la gestion de la diversité dans les peuplements forestiers. Une idée sans doute venue par sa double formation, à la fois ingénieur forestier et docteur en génétique quantitative. « Au début des années 80, on a assisté à des dépérissements du chêne pédonculé à la suite des sécheresses des années 1975 et 1976. Je voulais comprendre pourquoi certains peuplements étaient affectés et d’autres non, pensant que c’était lié à des différences génétiques dues à l’histoire des forêts. J’ai reçu le soutien de l’ONF puis de l’Union européenne pour aborder ces questions d’abord au niveau du territoire français puis de l’Europe entière ». En associant approches génétique et historique avec des simulations informatiques, ce projet européen « Fairoak » a tracé l’histoire des chênaies européennes depuis les dernières glaciations. « À ma connaissance, cette démarche n’avait  jamais été faite auparavant pour d’autres espèces. Elle est devenue une référence ».

Comment s’écrit l’histoire future des forêts ?

Antoine Kremer au sein de son équipe © C. Slagmulder
Antoine Kremer au sein de son équipe © C. Slagmulder
En 1992, à la demande du département « Forêts », Antoine Kremer démarre un programme de recherches sur la diversité des espèces tropicales en Guyane française. Travailleur enthousiaste, il devient directeur de recherche en 1995. Il est nommé en 2001 directeur de l’Institut français de la Biodiversité. Antoine Kremer reçoit en 2003 le prix de la Fondation Européenne pour la Recherche forestière et devient le directeur de la nouvelle unité mixte de recherche Biogeco (Inra-Université de Bordeaux I). Il devient en 2006 le premier Français à recevoir le prix Marcus Wallenberg pour ses travaux en génétique des arbres, « le Nobel de la filière bois ». Il coordonne depuis 2006 le réseau d’excellence européen « Evoltree » dont l’objectif est d’associer écologie, évolution et génomique pour comprendre les mécanismes d’évolution et d’adaptation des arbres aux changements environnementaux, vingt-cinq laboratoires de quinze pays y participent. D’un naturel communicant, Antoine Kremer est un tisseur de liens : « il faut créer un climat de confiance réciproque entre les différentes équipes pour que l’alchimie fonctionne, en interaction avec le travail collectif et individuel ». Soucieux de partager son savoir, il est de plus en plus souvent invité à donner des conférences à destination d’un large public. En 2011, il reçoit le Laurier de la recherche agronomique de l’Inra.

Depuis 2011, le chercheur se consacre au réseau « Evoltree » et au laboratoire d’excellence Cote, financé par les Investissements d’avenir, dont il est le coordinateur. Ce réseau implique deux cents chercheurs pour comprendre et prédire la réponse d’écosystèmes différents (côtiers et continentaux, naturels et domestiqués) aux changements environnementaux. « Faire interagir les recherches sur différents écosystèmes est un enjeu énorme pour comprendre et prédire les réponses des milieux et ressources naturelles aux changements environnementaux ».

Mini-cv
  • 61  ans    
  • Formation : ingénieur forestier, doctorat de génétique quantitative
  • Centres d’intérêt : vélo, musique rock, photo
  • Distingué par le prix Marcus Wallenberg en 2006
  • Laurier de la Recherche agronomique de l'Inra 2011
  • Lauréat d’une bourse ERC « Advanced Grants » en 2013

Les Lauriers ?

« C’est la reconnaissance d’une œuvre collective résultant des contributions de plusieurs laboratoires français et étrangers. Les recherches en biologie évolutive sur les forêts ont pu être menées à bien sans contrainte extérieure ou intérieure, et j’en suis d’autant plus reconnaissant aux différentes tutelles qui nous ont aidés ».

ERC « Advanced Grants »

Les bourses « ERC Advanced Grants », attribuées à des scientifiques confirmés reconnus leaders d’exception dans leur activité de recherche, peuvent atteindre 3,5 millions d’euros. Ces financements ont pour objectif de soutenir, sur le seul critère de l’excellence, des projets de recherche exploratoire, novateurs et ambitieux, ouvrant la voie à de nouvelles avancées scientifiques et technologiques.
> En savoir plus sur les lauréats de l’édition 2013