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La science en pleines formes

La grande découverte d’Olivier Hamant et de son équipe est d’avoir démontré comment les contraintes mécaniques interagissent avec la régulation génétique pour contrôler la forme et la taille des organismes. À l’aise dans l’interdisciplinarité, ce chercheur de 37 ans mixe génétique moléculaire, micromécanique et nouvelles techniques d'imagerie qui rajeunissent cet ancien thème. Il est en 2013 lauréat d’une bourse du Conseil européen de la recherche pour son projet dont l’objectif est d’identifier comment les signaux mécaniques sont perçus et interprétés par la plante pour contrôler sa croissance.

Olivier Hamant. © INRA, C. Slagmulder
Par Cécile Poulain
Mis à jour le 07/01/2019
Publié le 29/11/2012

« Chercher en science est une passion. »

Les centres d'intérêt d'Olivier Hamant ? Free jazz. Art contemporain. Science et microtubules. Curieux avant toute chose, il aime créer des ponts. « La recherche, comme l'art contemporain est une manière de s’interroger. Chercher en science est une passion pour moi, je tourne et retourne les problèmes. Dans l’équipe, on pense souvent à contre-courant en inversant les postulats pour essayer d’aller encore plus loin. Mes questionnements sur les microtubules me poursuivent parfois la nuit et les week-ends » avoue Olivier Hamant qui s’oblige, malgré les microtubules qui le tourmentent, à des horaires raisonnables.

Comment les plantes acquièrent leurs formes ?

Il obtient son doctorat en 2002 à l’Inra de Versailles et au VIB de Gand sur le volet moléculaire de l’architecture des plantes. Olivier Hamant démontre l’impact d’une hormone gazeuse, l’éthylène, sur la régulation de l’activité des gènes du développement. Lors d’un post-doctorat aux États-Unis à l'Université de Californie de Berkeley sur la méiose chez le maïs - un tout autre domaine d’étude -, il identifie et caractérise deux protéines qui contrôlent la ségrégation des chromosomes, et donc l’hérédité. Olivier Hamant entre à l'Inra en 2007 dans le département de reproduction et développement des plantes de l’École normale supérieure de Lyon. Jonglant entre physique, biologie et imagerie : « nos travaux mettent en équation, testent des hypothèses. Je m’intéresse au rétrocontrôle mécanique : lorsqu’une plante pousse, la cellule croît et doit lutter contre des contraintes mécaniques. Quel est le rôle de ces forces ? Les cellules utilisent-elles l’information de ces contraintes pour amplifier leur réponse ? Ces recherches fondamentales semblent “pures et dures” mais sont la première étape pour alimenter la biologie prédictive et la sélection végétale ! »

Le mécano de la cellule

Olivier Hamant et son équipe. © inra, C. Slagmulder
Olivier Hamant et son équipe © inra, C. Slagmulder

Il a écrit en dix ans plus de vingt publications, dont un article dans la revue Science en 2008 en tant que premier auteur. « L’approche utilisée dans cet article a reçu un écho très favorable dans la communauté scientifique et l'on m'a ensuite demandé d’écrire plusieurs synthèses bibliographiques sur les sujets à mi-chemin entre physique et biologie moléculaire ». Ce travail se poursuit aujourd’hui et son dernier article dans Cell en 2012 souligne le rôle des hétérogénéités cellulaires et des contraintes mécaniques associées dans la croissance d’un tissu, avec des implications qui dépassent le seul domaine végétal. Le jeune chercheur n’hésite pas à écrire sur la science dans la presse grand public, il donne des cours introductifs de biologie à des physiciens et de modélisation à des biologistes et, à ses heures perdues, compose pour son groupe de jazz.

Olivier Hamant pilote également des projets internationaux dont un projet franco-polonais sur l’hétérogénéité cellulaire dans la morphogénèse et un projet ANR sur l’impact des propriétés mécaniques des tissus sur l'expression des gènes. Il a également initié de nouvelles collaborations avec des chercheurs européens et américains pour intégrer plus encore la biophysique à la biologie cellulaire.

ERC « Consolidator Grants »

Pouvant atteindre 2,75 millions d’euros, les bourses « ERC Consolidator Grants » sont destinées aux chercheurs possédant entre 7 et 12 ans d’expérience depuis l’obtention de leur doctorat, avec un parcours scientifique très prometteur. Ces financements ont pour objectif de soutenir, sur le seul critère de l’excellence, des projets de recherche exploratoire, novateurs et ambitieux, ouvrant la voie à de nouvelles avancées scientifiques et technologiques.
> En savoir plus sur les lauréats de l’édition 2013

Que represente l'Inra pour vous ?

« C’est un institut de recherche enraciné en lien avec le terrain. Cela lui confère une couleur particulière. En rencontrant l’ensemble de mes confrères modélisateurs de l’Inra, je me suis aperçu de notre richesse : ce sont des chercheurs en maths très concrets, qui appliquent leurs équations sur le terrain, étudiant la dynamique des forêts, la forme des arbres, la structure des cellules… C’est de la “grande science” proche de la société. Un travail collectif à la source de la recherche appliquée ».

Mini-cv

  • 38 ans
  • Classe préparatoires Biologie; L3, M1 en Agrégation des sciences de la vie de la terre préparés à l'Ecole Normale Supérieure de Lyon; M2 à l'Université Pierre et Marie Curie;
  • Thèse à l'Inra de Versailles sous la direction de Véronique Pautot;
  • Postdoc au VIB à Gand (Bourse Marie Curie 6 mois); Postdoc à l'université de Californie, Berkeley (3 ans); postdoc puis recrutement à l'Inra à l'ENS Lyon (laboratoire reproduction et développement des plantes - Jan Traas)
  • Lauréat du Laurier jeune chercheur de l’Inra en 2012
  • Lauréat d’une bourse ERC « Consolidator Grants » en 2013
  • Signe particulier : recherche interdisciplinaire sur les plantes (biologie/physique/modélisation)
  • Autres passions : jazz et art contemporain