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Le saint d'essaims

À la suite d’un parcours académique international dense, Mickaël Henry, chercheur acharné, a publié à trente-six ans plus de vingt articles en écologie comportementale et spatiale. Référent mondial sur les chauves-souris tropicales jusqu’en 2009, il est, depuis son arrivée à l’Inra, devenu un spécialiste reconnu des abeilles, publiant avec ses collègues dans Science en 2012 une étude qui a motivé la révision des procédures d’homologations des pesticides, démontrant l’importance des effets « sublétaux » de certaines matières actives sur les abeilles.

Mickaël Henry © Inra, C. Slagmulder
Par Cécile Poulain
Mis à jour le 15/06/2017
Publié le 02/12/2013

Déchiffrer le comportement animal

Des nuits et des nuits à traquer des dizaines de chauves-souris équipées de micro-émetteurs dans la jungle de Cayenne. Comprendre où elles vont, ce qu’elles font dans toutes les étapes de leur vie. Poser et relever un dense réseau de trappes à graines, organiser des prélèvements massifs de ces mammifères, se plonger dans les statistiques jusqu’au cou pour mesurer en direct leur rôle dans la dispersion des graines et la régénération des forêts tropicales… Pour Mickaël Henry « rien d’impossible ». Il n’a pas froid aux yeux, ne lésine pas sur l’effort et les démarches expérimentales originales pour déchiffrer les comportements animaux. Et ce qu’il a appris des chauves-souris, il l’applique désormais à l’Inra sur les abeilles.

Batman

Mickaël Henry et son équipe © Inra, C. Slagmulder
Mickaël Henry et son équipe © Inra, C. Slagmulder
Jeune étudiant, Mickaël Henry sort très vite des sentiers battus. Sa passion pour l’écologie comportementale l’entraîne au Canada où il passe licence, maîtrise puis master en écologie du paysage et biologie des populations. Il y décroche un prix d’excellence académique. C’est un nomade, lauréat à dix-neuf ans du prix Zellidja pour deux reportages ethnographiques sur l’insularité. De 1998 à 2009, le chercheur voyageur poursuit ses chauves-souris tropicales, « modèle biologique clef des écosystèmes » à travers les pays chauds : doctorat en Guyane française, post-doctorat au Mexique, travaux de recherche à Panama et en Martinique. Technophile et amateur de chiffres, il développe des outils de télémétrie innovants dans ses recherches tant sur la chauve-souris qu’à l’Inra sur l’abeille. C’est un créatif qui n’a pas peur des chiffres : « l’écosystème est imprévisible et variable, source de bruit statistique. Le défi des écologues est de trouver des signaux cohérents dans cette variabilité naturelle ».  Il ne traîne pas. Publie son premier article à 23 ans, vole de conférences en symposiums pour exposer dès 21 ans ses premiers résultats de recherches et va jusqu’à organiser des colloques internationaux sur les chauves-souris. Mickaël Henry devient un référent international sur l’écologie des chauves-souris au bout d’à peine dix ans de recherches sur le sujet et reçoit en 2008 un prix d’excellence de l’Association for Tropical Biology and Conservation pour ses travaux.

Comme ses modèles biologiques animaux, Mickaël Henry retourne au nid, en France. Il est recruté en 2009 à l’Inra d’Avignon pour étudier les abeilles dans les paysages agricoles, communauté inféodée à un nid avec la même stratégie d’approvisionnement centralisé que les chauves-souris. Apportant son regard d’écologue du comportement, il éclaire, en collaboration avec ses collègues de l’unité d’entomologie du Magneraud, du CNRS de Chizé et des instituts techniques ACTA et ITSAP, les causes du déclin des abeilles dans un paysage agricole. L’équipe de chercheurs pose des puces RFID sur des abeilles ayant reçu une dose de pesticides, et montre l’altération de leur comportement et leur incapacité à revenir au nid qui entraîne une mortalité indirecte. Les effets des pesticides sur le retour au nid des abeillespublié dans Science en 2012 conduit à un retrait du pesticide Cruiser et motive une réflexion européenne sur les homologations des matières actives néonicotinoïdes.

Le roi des reines

Mickaël Henry trouve du temps pour vulgariser ses recherches, accompagnant cette médiatique publication auprès des professionnels, de la presse et du grand public. Son équipe reçoit en 2013 le prix du magazine La Recherche catégorie biologie pour cette parution qui a eu un impact majeur sur l’utilisation de certains pesticides communs à l’échelle nationale et internationale. Mickaël Henry, avec une vingtaine d’articles scientifiques et une quarantaine de conférences et de posters à son actif, continue ses recherches de pointe sur l’impact des perturbations du paysage et des conditions environnementales sur les abeilles. En complément de ses études, il a cofondé en 2011 avec ses collègues du CNRS de Chizé et de l’unité Entomologie du Magneraud la plateforme Ecobee, dispositif de suivi de ruchers qui explore et expérimente les effets des pratiques agricoles sur l’écologie des abeilles dans les agrosystèmes.

 © Inra, B. Nicolas

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« C’est pour moi un environnement de travail accueillant et ouvert aux idées nouvelles et aux parcours non-conventionnels. Je m’y sens bien épaulé et soutenu dans mes recherches. »