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Elisabetta Giuffra

Elisabetta Giuffra, biologiste, s'est spécialisée dans la génétique et la génomique animale. Elle rejoint en décembre 2010 l'Inra de Jouy-en-Josas pour conduire un projet de séquençage à haut-débit qui permettra de mieux comprendre les relations hôte-virus dans les maladies infectieuses des animaux d'élevage, en particulier le porc. 

Elisabetta Giuffra, biologiste, s'est spécialisée dans la génétique et la génomique animale. Elle intègre l'Inra de Jouy-en-Josas pour conduire un projet de séquençage à haut-débit qui permettra de mieux comprendre les relations hôte-virus dans les maladies infectieuses des animaux d'élevage, en particulier le porc.. © Inra, MAITRE Christophe
Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 07/01/2019
Publié le 12/10/2010

"Pour moi, la science, c'est une espèce de liberté intérieure."

"Ma carrière est un ensemble diversifié d'expériences dont le dénominateur commun est la génétique et la biologie moléculaire", explique Elisabetta Giuffra dont les éclats de rires ponctuent les phrases comme pour s'excuser de la complexité de ses recherches. Cette scientifique italienne sera accueillie pour une durée de quatre ans par l'unité Génétique animale et biologie intégrative (GABI) dans le cadre des "packages scientifiques", un des dispositifs d'accueil de chercheurs de renommée internationale à l'Inra.

Une histoire entre gènes dans un couple animal-virus

Le projet qu'elle va développer au sein de l'unité GABI a germé pendant sa collaboration avec différentes équipes Inra dans le cadre du réseau d'excellence européen Eadgene (2004-2010) au sein duquel elle a assuré la coordination du groupe de travail (work package) sur la génomique opérationnelle : "Dans le cadre d'Eadgene, nous nous étions déjà penchés sur la maladie d'Aujeszky (1) dont le porc est le principal réservoir. Avec l’INRA, nous avions déjà étudié la régulation de l'expression du génome dans le système hôte-pathogène formé par les cellules immunitaires animales et le virus d'Aujeszky. Pour le nouveau projet, je vais commencer par le séquençage à haut-débit de petites molécules régulatrices, les micro-ARN. Elles jouent un rôle très important dans le développement, le cancer ou la réponse de l’hôte aux maladies. Comme c'est un niveau de régulation très important du génome, de très nombreux travaux scientifiques s'y sont intéressés, chez les animaux modèles classiques (souris) et dans le domaine végétal principalement. Le séquençage des animaux d'élevage, en particulier celui du génome du porc, n'étant pas encore complètement achevé, les choses ont avancé moins vite," détaille Elisabetta Giuffra.
Grâce aux ressources animales très importantes dont dispose le centre de Jouy, des fonds génétiques différents pourront être testés. "Nous disposerons ainsi de populations de porcs et de lignées de poulets divergentes pour leur réponse immunitaire à plusieurs pathogènes ou parasites, réfléchit à voix haute la biologiste. On envisage aussi des tests ex vivo sur des tissus nerveux porcins dans lesquels le virus sommeille."

Des recherches qui font sens

Elisabetta Giuffra, biologiste, s'est spécialisée dans la génétique et la génomique animale. © MAITRE Christophe
Elisabetta Giuffra, biologiste, s'est spécialisée dans la génétique et la génomique animale. © MAITRE Christophe
Elisabetta Giuffra connaît bien l'Inra. Elle a obtenu son doctorat au centre de Jouy-en-Josas sur la génétique moléculaire des poissons en 1994. "Ensuite, je suis retournée en Italie. Une erreur. Le pays traversait une grave crise nationale. Impossible de trouver du travail." Mais les obstacles ne lui font pas baisser les bras. Au contraire. Elle entame alors un post-doc à Vérone, toujours dans les biotechnologies, végétales cette fois-ci. "J'aurais pu faire autre chose. Mais pour moi, la science, c'est comme une drogue ou une espèce de liberté intérieure. C'est aussi ce qui donne le sens à tout : chercher des réponses. Poser une question, trouver une réponse : c'est un processus que l'on doit renouveler sans cesse. La biologie apprend l'humilité. C'est frustrant, parce que l'on n'arrive jamais au bout. Mais en même temps, à chaque fois, on ouvre quelque chose."
A 48 ans, la belle Italienne semble avoir appliqué à la lettre cette démarche scientifique à sa carrière et à sa vie même. Son second post-doc à Uppsala en Suède sur la génétique du porc sera un nouveau départ après une expérience italienne en génétique animale appliquée décevante.

Un moment magique

Et comme pour couronner sa persévérance et sa rigueur, elle vit pour son dernier jour au laboratoire en Suède un moment magique : "Le résultat est tombé. Tac ! Comme ça !", raconte-elle en riant. Trop beau pour être vrai, pense-t-elle alors incrédule. Pourtant, elle venait bien d'identifier le point de rupture d'une duplication du génome dans la région du gène KIT, un des gènes responsables de la couleur du manteau chez les mammifères. Ces travaux ont permis de démarrer la caractérisation fine d’une mutation d'un gène fondamental dans le développement précoce des mammifères, et aussi d'obtenir un test moléculaire pour tester la présence de la duplication dans les populations commerciales de porcs.
"Trop méditerranéenne pour m'implanter en Suède", avoue-t-elle, elle revient en Italie, au Parco Tecnologico - elle est actuellement responsable de la section Livestock Genomics de cet institut - où tout est à alors créer. "J'ai repris des travaux que j'avais commencés à Uppsala sur une maladie du porc, l'atrésie annale. C'est aussi une maladie humaine. C'est pour cela que l'on utilise le porc comme animal modèle pour les recherches. On a identifié des régions d’association et aussi des gènes candidats qui nous ont permis de confirmer la nature multifactorielle de la maladie. On avait la chance d'avoir un pédigrée expérimental particulièrement sensible à cette maladie."

C'est alors le point de départ de nouvelles collaborations plus ambitieuses, fructueuses et durables. Elisabetta Giuffra confie avec une gracieuse modestie "qu'elle a été la première au Parco Tecnologico de Lodi à obtenir de nombreuses participations dans des projets internationaux (voir encadré)".
Sur un autre terrain, son travail colossal sur la maladie de l’oreille bleue du porc avec les éleveurs italiens a abouti à une banque de données de près de 4 000 échantillons de tissus, d'ADN, de sang et autres échantillons corrélés au pédigrée, aux phénotypes cliniques, etc. "Mais, conclut-elle toujours souriante, c'était aussi une expérience de vie. Nous avons fait un gros travail de vulgarisation car il nous a fallu gagner la confiance des éleveurs. Il a fallu les convaincre du bien-fondé de nos travaux, qu'il faut du temps pour arriver à des résultats. Je pense que c'est universel".

Mini-CV

En 2004, une bourse du Biotechnology and Biological Sciences Research Council l'emmène en Ecosse où elle travaille à décrypter les mécanismes moléculaires par lesquels le virus de la maladie de l’oreille bleue du porc (virus du syndrome reproducteur et respiratoire porcin, PRRS) échappe aux défenses immunitaires de son hôte. Outre sa collaboration à Eadgene, elle est membre depuis 2006 du comité d'évaluation "Programme de recherche en génomique et biotechnologies végétales" de l'Agence nationale de la Recherche.
Depuis 2007, Elisabetta Giuffra préside une association, FAiR (Fairness and Accountability in Research) en faveur de l'égalité des chances dans la recherche scientifique. Son engagement trouve un autre écho dans le plan d'action sur les problèmes de disparités hommes-femmes (Gender Action Plan) qu'elle a piloté pour les programmes Sabre et Eadgene.

  • 48 ans
  • Biologiste, spécialité : génétique et génomique animale
  • Formation : PhD en biologie moléculaire, Faculté de médecine, université de Turin, Italie
  • Membre fondateur et présidente de l'association FAiR.

De nouvelles infos sur les génomes de l'hôte et du virus

Claire Rogel-Gaillard, directrice adjointe de l'unité GABI (Génétique animale et biologie intégrative) explique ce que représente la venue pour 4 ans d'Elisabetta Giuffra à l'Inra de Jouy-en-Josas

"Le projet que va conduire Elisabetta Giuffra va dépasser le simple cadre de "ce que fait" un virus dans une cellule. L'information portée par ce que vont générer toutes les données de séquençage des micro-ARN donnera de nouvelles informations sur la structure et l’expression des génomes de l’hôte et du virus. De nombreux travaux sont menés sur l’expression des micro-ARN dans divers systèmes biologiques, pathologiques ou non. Il sera intéressant d’inscrire les données produites dans des méta-analyses destinées à identifier des mécanismes de réponse de l’hôte communs ou non à divers agents pathogènes.
Le monde de la transcription, première étape de l'expression des gènes, est d'une complexité que nous ne savons pas encore réellement apprécier et qu’il est difficile d’intégrer dans les modèles d’analyses génétiques. Le modèle d’étude proposé permettra d’exploiter la variabilité génétique disponible dans le département de génétique animale et d’analyser l’expression des micro-ARN exprimés par des individus bien caractérisés génétiquement. Cela ouvrira une brèche dans le domaine des interactions entre génotypes et transcription des miARN."