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Les frontières qui nous définissent

Chargée de recherche en sciences sociales à l’Inra de Dijon, Eleonora Elguezabal s’intéresse aux limites et barrières qui parcourent les territoires et séparent les groupes sociaux.

Eleonora Elguezabal, chargée de recherche en sciences sociales à l’Inra de Dijon. © INRA, G Simonin
Par Sebastián Escalón
Mis à jour le 03/07/2017
Publié le 09/02/2016

Aucun espace habité n’est homogène. Là où il y a des humains, il y a des frontières, des enclaves, des barrières physiques ou imaginaires qui font de chaque territoire une mosaïque. Ces démarcations sont toujours mouvantes, perméables mais n’en établissent pas moins un ordre social, une hiérarchie, voire même des ségrégations entre groupes sociaux. C’est à ces frontières au sein d’un même territoire, qu’il soit urbain ou rural, que s’intéresse la sociologue Eleonora Elguezabal, membre du Centre d’économie et de sociologie appliquée à l’agriculture et aux espaces ruraux (Cesaer) (1).

Une sociologue entre les Amériques et l’Europe

Née en 1981 à Buenos Aires (Argentine), francophone depuis le collège, Eleonora Elguezabal se passionne tant pour la littérature française que pour les grands auteurs des sciences humaines et sociales de l’hexagone. C’est tout naturellement qu’elle décide de venir en France en 2002 pour poursuivre ses études. Après un semestre à étudier la littérature et l’histoire de l’art à la Sorbonne, elle entame son parcours en sciences humaines et sociales à Nanterre. Sa passion pour la sociologie, mais aussi la crise économique qui frappe l’Argentine au début du XXIe siècle, la décident à rester à Paris.

Là où il y a des humains, il y a des frontières

Entrée à l’ENS (2) comme auditrice de la Sélection internationale, elle mène une enquête sur les contrôleurs de la RATP. Comment travaillent-ils ? Quelles pressions subissent-ils ? Pourquoi des gens ordinaires qui, à l’origine, cherchaient un emploi de guichet, choisissent d’intégrer le système répressif du métro ? Voilà quelques-unes des questions qu’elle se pose, et qui rarement viennent à l’esprit des millions d’usagers des transports en commun.

Puis, elle entre à l’EHESS (3) pour commencer une thèse qui lui prendra cinq ans. Son sujet ? Les copropriétés fermées de Buenos Aires, ces espaces résidentiels où les classes aisées tentent de s’isoler du reste de la ville. En travaillant à une très petite échelle, elle tente de tordre le cou à bien des idées reçues sur ces enclaves que l’on trouve dans toutes les villes du monde. Non, ces copropriétés ne sont pas des espaces clos qui abritent les riches et excluent les pauvres. Ces frontières urbaines sont traversées chaque jour par les employés de service, sans lesquels les copropriétés ne pourraient survivre. À la fois sociologue et ethnographe, elle montre que ces résidences doivent être vues comme des espaces poreux, mouvants, dynamiques et socialement hétérogènes, sous peine de rendre invisibles les employés, dont les conditions de travail sont souvent très dures.

Chaque territoire est une mosaïque

Après cinq années de travail, de nombreux séjours à Buenos Aires pour y mener son enquête de terrain et un séjour de six mois à l’Université de Chicago, Eleonora Elguezabal obtient son doctorat en 2011 et le prix de la meilleure thèse de l’EHESS. Elle part alors pour un post doctorat au King’s College de Londres, où, changement abrupt de décor, elle étudie les dispositifs de surveillances dans les quartiers défavorisés britanniques.

À la lisière de la ville

Recrutée par l’Inra en 2013, elle entre au Cesaer et s’installe à Dijon. Elle y trouve un laboratoire dynamique, où de nombreuses collaborations se tissent entre sociologues, économistes, géographes. Là, ce sont d’autres types de frontières qui l’intéressent : celles qui divisent les zones urbaines des zones rurales. Elle aborde en particulier les questions sécuritaires, le travail de la gendarmerie, le rôle des « voisins vigilants » qui, avec les autorités, tentent de rendre leurs communes plus sûres.

En dehors de la recherche, Eleonora Elguezabal élève sa fille de trois ans, tout en cultivant ses anciennes passions pour la littérature et le théâtre, mais aussi pour les voyages. Pas étonnant pour une spécialiste des frontières !

(1) Cesaer : unité mixte de recherche Inra-AgroSup Dijon, département Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement de l’Inra
(2) ENS : École normale supérieurs
(3) EHESS : École des hautes études en sciences sociales

Mini-CV

  • 1981 : Naissance à Buenos Aires
  • 2002 : Arrivée à Paris
  • 2007 : Publie son ouvrage « Verbaliser les clients : les contrôleurs du métro »
  • 2012 : Prix de la meilleure thèse de l’EHESS
  • 2013 : Recrutée à l’Inra, elle entre au Cesaer
  • 2015 : Publie son ouvrage « Frontières urbaines : les mondes sociaux des copropriétés fermées »