• Réduire le texte

    Réduire le texte
  • Rétablir taille du texte

    Rétablir taille du texte
  • Augmenter le texte

    Augmenter le texte
  • Imprimer

    Imprimer

Abeilles sans frontières

Claudia Dussaubat, originaire du Chili, mène une thèse au sein de l’unité Abeilles et environnement du centre Inra PACA, à Avignon. Ses recherches dédiées à la santé de l’abeille domestique se focalisent maintenant sur les effets d’un champignon parasite, Nosema ceranae. Dans le cadre de sa thèse, elle a déjà publié sept  articles dans des revues scientifiques internationales de haut niveau.

Claudia Dussaubat. © INRA
Par Julie Cheriguene
Mis à jour le 23/06/2017
Publié le 09/04/2013

Son diplôme d’Ingénieur agronome en poche au Chili, Claudia Dussaubat a travaillé comme ingénieur de projets pendant huit ans à la Faculté d’Agronomie de l’Université Australe du Chili à Valdivia, la ville dont elle est originaire : « J’ai piloté des projets sur la surveillance des maladies de l’abeille domestique ainsi que sur les résidus de pesticides et d’antibiotiques dans le miel et la cire. Ces projets s’inscrivaient dans le cadre d’une collaboration entre le réseau national d’apiculteurs du Chili, le ministère de l’Agriculture, les entreprises exportatrices de miel et l’université. »
Elle arrive en France en septembre 2008 pour poursuivre son cursus universitaire par un Master 2 « Biodiversité et interactions microbiennes et parasitaires » à l’Université de Montpellier 2, puis se dirige vers un Doctorat à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse. Elle intègre alors l’unité Abeilles et environnement afin d’y mener une thèse consacrée aux effets produits par un champignon parasite, Nosema ceranae (1) sur la physiologie et le comportement de l’abeille domestique.

Du Chili à la France, la survie de l’abeille domestique en questions

Son travail d’ingénieur de projets dans le domaine de l’apiculture à l’Université Australe du Chili a captivé Claudia Dussaubat. « Mener des recherches sur ce sujet est pour moi une manière d’essayer de répondre à des questions sans réponse, mais aussi de contribuer à la protection des abeilles particulièrement fragilisées ces dernières années sur l’ensemble de la planète », explique-t-elle.
Son sujet de thèse s’est rapidement orienté vers les effets sur l’abeille domestique de N. ceranae, champignon parasite émergeant dans le monde : « Dans certaines régions, il est décrit comme la cause majeure de la mortalité des abeilles et dans d’autres cas, il est soupçonné d’affaiblir les colonies », raconte-t-elle. « J’ai travaillé sur l’hypothèse que ce parasite est capable d’induire des changements comportementaux chez l’abeille domestique dus à des altérations physiologiques, ce qui pourrait provoquer la mort de la colonie. »
C’est en 2004 que Claudia Dussaubat a noué ses premiers contacts avec les chercheurs européens à l’occasion d’une visite d’étude dans différents laboratoires en France et en Italie : « Au Chili, le laboratoire d’Avignon est connu grâce à la revue scientifique Apidologie. J’ai ainsi contacté Yves Le Conte, le directeur de l’Unité Abeilles et environnement, qui est aujourd’hui mon directeur de thèse, pour visiter le laboratoire et rencontrer les chercheurs. » Cette expérience, qui lui a permis de connaître les axes de recherche du laboratoire, a suscité son envie de faire un jour un doctorat au sein de cette structure. Elle a pu réaliser son rêve quelques années plus tard grâce notamment à l’obtention d’une bourse d’étude Chili (CONICYT)/France.

Des résultats porteurs pour une agriculture durable

Son travail de thèse a d’ores et déjà permis à Claudia Dussaubat de publier sept articles dans des revues scientifiques internationales consacrés aux interactions chimiques entre le champignon parasite N. cerenae et l’abeille domestique, aux effets pathologiques de l’infection, ainsi qu’à la virulence des souches du parasite.

"Les échanges ouvrent des espaces d’innovation."

Ce dernier axe de recherche fait l’objet d’un article scientifique publié récemment dans la revue Veterinary Microbiology.  Le champignon N. ceranae est signalé comme le responsable majeur de la mortalité des abeilles en Espagne, alors que dans des pays situés plus au nord, comme la France, il ne semble pas être un problème pour les colonies, même lorsque sont constatés des taux d'infestation élevés. Claudia Dussaubat et son équipe ont mené des recherches pour savoir si les populations de N. ceranae sont différentes en Espagne et en France. Or leurs résultats ont invalidé cette hypothèse : « Il n'y a pas une population de N. ceranae bien différenciée en Espagne par rapport à la France dans les régions que nous avons étudiées. Nous avons donc conclu que ce sont les abeilles domestiques espagnoles (Apis mellifera iberiensis), ou/et l'environnement qui pourrait expliquer ce phénomène. » Ces résultats ont un intérêt d’un point de vue non seulement scientifique, mais aussi environnemental et économique. En effet, en Espagne la mortalité dans les ruches due à N. ceranae a eu ces dernières années un fort impact économique sur l’apiculture, ce qui doit conduire à développer de nouvelles pratiques apicoles et à appliquer des traitements afin de prévenir et contrôler la maladie. En France, ce champignon est soupçonné d’affaiblir les colonies, de les rendre moins productives et plus sensibles à d’autres stress environnementaux : « C’est pour cela qu’il faut continuer la recherche pour mieux comprendre dans quelle mesure la responsabilité de N. cerenae dans le déclin des abeilles peut être ou non véritablement invoquée. »

Quand on lui pose la question de son avenir, Claudia Dussaubat est enthousiaste : « Je voudrais développer des programmes de coopération scientifique en apiculture entre la France et le Chili, car je pense que les échanges ouvrent des espaces d’innovation qui donnent lieu à des nouvelles idées. Un programme pourrait par exemple viser à réduire l’utilisation des produits chimiques dans la lutte contre les pathogènes des abeilles, qui est la base d’une apiculture durable, objectif commun de nos pays. » Une belle opportunité de poursuivre son travail sur le terrain en apiculture, aspect de ses recherches qu’elle apprécie particulièrement.

(1) « Effets de Nosema ceranae (Microsporidia) sur la santé de l’abeille domestique Apis mellifera L. ».

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Mini-CV

  • 39 ans, elle partage sa vie entre Avignon, où elle vit avec son compagnon français, et le Chili où habitent ses parents
  • Formation : Ingénieur agronome
    • Master 2 « Biodiversité et interactions microbiennes et parasitaires »  à l’Université de Montpellier 2
    • Doctorat à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse
  • Signe particulier : elle aime le travail et les sports d’équipe, elle pratique le volleyball depuis le lycée

Bibliographie

1. Dussaubat C., Brunet J.-L., Higes M., Colbourne J.K., Lopez J., Jeong-Hyeon C., Martín-Hernández R., Botías C., Cousin M., McDonnell C., Bonnet M., Belzunces L.P., Moritz R. FA, Le Conte Y., Alaux C. 2012. Gut Pathology and Responses to the Microsporidium Nosema ceranae in the Honey Bee Apis mellifera. PLoS ONE, 7(5): e37017. doi:10.1371/journal.pone.0037017.

2. Dussaubat C., Sagastume S., Gómez-Moracho T., Botías C., García-Palencia P., Martín-Hernández R., Le Conte Y., Higes M. 2013. Comparative study of Nosema ceranae (Microsporidia) isolates from two different geographic origins. Veterinary Microbiology, 162 : 670-678.

3. Dussaubat C., Maisonnasse A., Crauser D., Beslay D., Costagliola G., Soubeyrand S., Kretzchmar A., Le Conte Y. 2013. Flight behavior and pheromone changes associated to Nosema ceranae infection of honeybee workers (Apis mellifera) in field conditions. Journal of Invertebrate Pathology, 113 : 42-51.