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Cindy Morris : distinction d’une contribution à la société

Cindy Morris est directrice de l’unité de Pathologie végétale de l’Inra à Avignon où sont principalement étudiées les maladies des cultures maraîchères. Elle a reçu le 9 mai 2009 une distinction du Lyman Briggs College de l’Université d’État du Michigan. Pour ses résultats scientifiques, évidemment, mais aussi pour son parcours atypique, son énergie, son ouverture vers le monde et ses contributions à la société.

Cindy Morris est directrice de l’unité de Pathologie végétale de l’Inra d'Avignon où sont principalement étudiées les maladies des cultures maraîchères. Elle a reçu le 9 mai 2009 une DISTINCTION du Lyman Briggs College de l’Université d’État du Michigan, pour ses résultats scientifiques, évidemment, mais aussi pour son parcours atypique, son énergie, son ouverture vers le monde et ses contributions à la société.. © Inra, Anne Glemin
Par Emmanuelle Manck
Mis à jour le 23/06/2017
Publié le 11/05/2009

"Les sciences naturelles ont toujours fait partie de ma vie."

Cindy Morris se souvient d’un environnement familial où la cohabitation avec la nature allait de soi : "Nous habitions un ancien terrain agricole au bord du lac Michigan, sur une terre sableuse qui produisait des arbres fruitiers, des myrtilles et des fraises en abondance. Le chant des oiseaux a bercé mon enfance ! De plus, nous vivions près du marché ouvert de fruits et de légumes le plus grand du monde. Je n’ai pas un jour décidé de faire des sciences naturelles ; cela faisait déjà partie de ma vie". La jeune américaine, passionnée de botanique et de sciences animales, entre en effet à l’Université d’État du Michigan pour des études de biologie, où elle se concentre surtout sur le comportement des organismes et leur développement puis plus tardivement, sur les maladies des plantes. Durant son cursus, elle a la chance d’obtenir des "jobs" d’assistant dans des laboratoires de chimie dévolus au traitement des eaux et à la mise en conserve des végétaux, puis au département de pathologie végétale de l’Université du Wisconsin.

L’échappée chinoise

Quand elle entame sa thèse en 1979, Cindy est "choquée" par la disparition de l'obligation d'étudier une langue étrangère pour les étudiants scientifiques : "N’était-ce pas un peu arrogant ? J’ai trouvé que la recherche américaine avait une sorte de complexe de supériorité". D’un esprit particulièrement curieux et ouvert, Cindy n’a à l’époque "pas envie de s’enfermer dans le professorat d’université" et veut "voir autre chose". Bougeotte partagée par Philippe Nicot, son futur mari français. Tous deux postulent donc pour une bourse d’études en Chine proposée par la National Academy of Sciences : "Nous avons été reçus dans le cadre d’un séjour d’un an au département de Protection des plantes de l’Université agricole de Pékin, mais nous avons trouvé les moyens d’y rester trois de plus. Mon mari, mycologue, et moi, bactériologiste, avons proposé une étude sur les maladies telluriques et les maladies à dissémination aérienne dans les cultures mixtes de légumes, un sujet assez proche de ce sur quoi je travaille encore aujourd’hui". Comment se sentaient-ils, au "bout du monde", dans une culture si différente ? : "Bien sûr, on nous disait que nous risquions de nous couper de tout, mais cela nous était égal. C’était toujours plus intéressant que difficile. Je n’ai aucun regret; nous avons vécu une période fabuleuse".

Un retour en France en pleine révolution

En 1989, le couple apprend l’ouverture de deux postes correspondant à leur profil à l’Inra d’Avignon. Leur départ se précipite quelque peu : "Nous avions acheté en mars des billets d’avion pour un départ le 10 juin. Mais le 9 juin, nous avons été rapatriés par l'Ambassade de France à cause des événements de Tien An Men". Cindy passe le concours deux semaines plus tard "enceinte de 7 mois et avec un français rudimentaire", qui ne l’empêche pas, se souvient-elle encore avec étonnement, de "questionner les questions" de son examinateur.

Des germes de melons responsables de la pluie ?

Après avoir travaillé plusieurs années sur les maladies des plantes sous serre et les problèmes microbiologiques que posent les légumes en sachet "de quatrième gamme", elle étudie dès 1995 une terrible maladie du melon : "Elle pouvait atteindre 100 % des récoltes, surtout dans le Sud-Ouest : deux départements étaient en calamité agricole. Comme on pensait qu’elle provenait d’une bactérie, on m’a demandé d’en faire le diagnostic. En y travaillant, j’ai vu que la bactérie responsable, Pseudomonas syringae, était glaçogène. Sa température d’activité, très élevée, peut provoquer la prise en glace de l’eau à -2, -3 °C. Comme cette bactérie pathogène de plante a également été retrouvée dans les nuages, il est possible qu’elle soit aussi responsable de la pluie." La bactériologiste s’enthousiasme pour des recherches sur l’impact du micro-organisme sur l’atmosphère : "Beaucoup de processus n’auraient pas lieu sans ces catalyseurs biologiques. Depuis plusieurs années, je travaille à mettre en réseau physiciens, microbiologistes, météorologistes et agronomes pour faire revivre cette question avec les outils dont on dispose maintenant ! Je pense que cela va m’occuper jusqu’à la fin de ma carrière." Depuis 2008, Cindy Morris est directrice de l’unité de Pathologie végétale. L’intérêt de cette fonceuse ne va pas s’éteindre aux portes de l’Inra. "Même s’il faut prendre sa retraite, je trouverai bien un moyen de continuer à travailler là-dessus !", dit-elle en riant.

Couronnement d’une "personnalité" plus encore qu’une "scientifique"

Surprise pour elle, lorsque le Lyman Briggs College de l’Université d’État du Michigan la distingue en 2009. Mais après réflexion... "cette distinction concerne certains de ses anciens élèves sur l’ensemble de leurs activités. Je pense qu’ils ont considéré que les valeurs qui émergent de mon parcours scientifique et professionnel reflétaient celles de cette école, c'est-à-dire l’imbrication intime de la philosophie et de l’histoire de la science avec des études de science de base. Selon moi, la science est intéressante parce que notre manière de regarder les choses est due à notre histoire et notre culture, et lorsque nous approfondissons nos questions afin d’aider la société".

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Cindy Morris unité de Pathologie végétale
Département(s) associé(s) :
Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Mini-CV

  • 52 ans
  • mariée, 2 enfants
  • formation : diplôme de Biologie de l’Université d’État du Michigan (EU),
  • Doctorat en Pathologie végétale de l’Université du Wisconsin