L’économiste en mouvement

Vincent Requillart est un homme discret. Avec son timbre de voix posé et son regard franc, il laisse s’installer les silences. Les virages qui ont dessiné sa carrière d’économiste à l’Inra, il les explique simplement : « parce j’ai la chance de pouvoir choisir mes sujets et ceux avec qui je travaille. » Il pèse ses mots, pour aller au plus juste. Et fait fructifier ses collaborations, pour nourrir son esprit d’aventure.

Portrait de Vincent Requillart, directeur de recherche à la Toulouse School of Economics, unité mixte de recherche du centre Inra Occitanie-Toulouse © DRCopyrith, Baptiste Hamousin
Par Julie Cheriguene
Mis à jour le 10/11/2017
Publié le 09/11/2017

L’agronomie a pour lui toujours été une option. Déjà lorsqu’il se laissait la possibilité de reprendre l’exploitation agricole de ses parents. Puis à l'Institut national agronomique Paris-Grignon. Il réalise alors son mémoire dans le Laboratoire d’économie rurale de l’Inra Versailles-Grignon : « C’était le début des travaux sur l’utilisation énergétique de la biomasse. Ça m’a plu ! Mais je ne pensais pas revenir à l’Inra un jour. » Pourtant quand le laboratoire lui propose une thèse sur la valorisation énergétique des pailles des céréales un an plus tard, il accepte sans réfléchir.

Dialoguer est toujours plus intéressant !

Courant alternatif

Quand il intègre pour de bon l’Institut en 1984 en tant qu’ingénieur de recherche, il poursuit ses travaux sur l’évaluation économique de la production d’énergie à partir de la biomasse : « il existait peu d’analyses économiques, les recherches portaient plutôt sur le volet technique. », souligne-t-il. C’est à cette époque que le département Économie de l’Inra opère un virage décisif, de l’économie rurale vers l’économie moderne. « Ce changement d’orientation a été très marquant. J’observais cela en tant que jeune recruté, se souvient-il. Alors je me suis formé, avec un DEA en Économie mathématique et économétrie. »
Début 1990, il devient chargé de recherche et suit la dynamique d’évolution de son laboratoire en appliquant les concepts et outils de l’économie industrielle à la politique agricole, et plus particulièrement au secteur sucrier. « J’ai beaucoup appris grâce à l’arrivée de jeunes recrutés formés en économie à l’université. Une complémentarité avec les profils d’agronomes comme le mien ! »
Originaire d’Arras, Vincent Requillart cultive son besoin de vivre au plus près de la nature. À Toulouse, c’est en vélo électrique qu’il se déplace, dès qu’il le peut. Il rejoint la ville rose en 1994, alors animé par l’envie partagée avec sa famille de quitter la région parisienne. Il rejoint le laboratoire d’Économie de l’Inra Toulouse alors en plein essor. « Un challenge ! Et puis je me rapprochais de la montagne… » songe-t-il à propos de ce choix déterminant.

Guidé par les questions sociétales

Concepteur de valeur…

Pendant 10 ans, il travaille sur les enjeux du secteur laitier avec la mise au point d’outils de modélisation simulant ex ante les effets des différentes réformes de la PAC. « On interagissait avec l’interprofession laitière pour ajuster les mécanismes de simulation. Et avec la Commission européenne, notamment pour réfléchir aux impacts de la fin des quotas laitiers. Le dialogue est toujours plus intéressant que le simple envoi d’un rapport ! »
Il prend aussi la responsabilité d’une équipe de recherche liée à l’université Toulouse 1, puis la direction du laboratoire dès 1996. « J’ai aimé ça ! Ce n’était pas simple car les deux équipes du laboratoire se référaient à deux courants économiques différents, mais le dialogue s’est installé au fur et à mesure. » De ses responsabilités collectives, il a retenu un principe fondamental : « C’est important de créer une relation de confiance. »
En 2007, l’équipe qu’il dirige, rejoint physiquement le Gremaq (2) à l’université et la Toulouse School of Economics. « Je suis arrivée avec mon domaine de compétence dans cet univers différent, plus compétitif. C’était très enthousiasmant d’un point de vue scientifique. »

… et de libres échanges

C’est à ce moment-là qu’il s’intéresse à un nouveau champ d’application : l’effet des politiques nutritionnelles publiques, toujours avec des modèles de simulations ex ante. Les questions s’élargissent aux aspects du changement climatique : quelles politiques permettent d’avoir à la fois une alimentation plus saine et plus respectueuse de l’environnement. « Je suis toujours d’abord guidé par les questions sociétales, à partir de là, j’identifie les questions pertinentes pour la recherche. »
Après une année passée dans un laboratoire de recherche en Californie, Vincent Requillart est de retour à l’Inra en 2016. Un projet qu’il avait muri, toujours en famille, depuis 10 ans. « C’était génial, cadre de vie idéal et 100 % de mon temps consacré à la recherche » raconte-t-il.  Et demain ? « Il reste plein de choses à faire », répond-il avec son large sourire. « Je travaille actuellement à caractériser les impacts des innovations agroalimentaires sur la santé et l’environnement, un projet en collaboration avec le métaprogramme Did’it (3). » Nouer des échanges avec les autres disciplines, l’enjeu global de son monde de la recherche.

(1) Toulouse School of Economics - Research  (TSE-R) est une unité mixte de recherche Université Toulouse 1 Capitole – CNRS – INRA – EHESS. Elle résulte de la fusion de trois unités de recherche.

(2) Le Groupe de recherche en économie mathématique et quantitative (Gremaq) est un laboratoire de recherche en économie. Au sein du Gremaq, l’équipe alimentation s’intéresse aux déterminants des comportements alimentaires (rôle de l’offre et de la demande) et les liens avec la santé, et à la structuration économique des filières agro-alimentaires (analyse des mécanismes de concurrences dans les filières et stratégie des firmes).

(3) Déterminants et impact de la diète, interactions et transitions : métaprogramme de l’Inra consacré aux déterminants des pratiques alimentaires et leurs conséquences sur le bien-être et la santé : http://www.didit.inra.fr/

Mini-CV

  • 59 ans, marié, deux enfants
  • 1980 : diplôme d’ingénieur, Institut national agronomique Paris-Grignon
  • 1984 : Doctorat en agro-économie, Institut national agronomique Paris-Grignon
  • 1986 : DEA en Économe mathématique et économétrie, Université Paris 1
  • 1984 : recruté à l’Inra en tant qu’ingénieur de recherche au Laboratoire d’économie rurale, centre Île-de-France Versailles-Grignon
  • 1990 : devient chargé de recherche à l’Inra
  • 1994 : devient directeur de recherche à l’Inra et rejoint le Laboratoire d’Économie du centre Inra Occitanie-Toulouse
  • Hobbies : la montagne en toute saison !

Prix et distinctions

  • 2016 : Prix « Qualité de la découverte scientifique » de l’Association européenne des économistes agricoles (EAAE)
  • 2014 : Prix de la fondation de l’Association européenne des économistes agricoles (EAAE)
  • 1996 : Prix du meilleur article de la Revue européenne des économistes agricoles
  • 1990 : Prix de l’Académie d’agriculture

En savoir plus sur ses travaux

  • Recommandations alimentaires, politiques d’information et comportement des consommateurs. Lire l'article
  • Comportement, préférences alimentaires et santé. Politiques Nutritionnelles : Changer les comportements de consommation ou modifier l’offre alimentaire ? Voir la vidéo 
  • Que faut-il attendre des taxes nutritionnelles ? Lire l'article (Inra Sciences sociales n°2, PDF)