Cap sur l’agroécologie

Chargée de recherche au laboratoire d’Agroécologie de Dijon, Sabrina Gaba s’intéresse aux communautés de plantes sauvages. Elle montre que ces plantes qui poussent par elles-mêmes dans les champs ou dans leurs bordures ont toute leur place dans un agroécosystème, et qu’une réduction d’utilisation d’herbicides serait à la fois avantageuse pour les agriculteurs et la biodiversité des milieux agricoles.

Sabrina Gaba, chargée de recherche au laboratoire d’agroécologie du centre Inra Dijon Bourgogne Franche-Comté. © Inra, Ludovic Piquemal
Par Sébastián Escalón
Mis à jour le 24/10/2016
Publié le 06/10/2016

L’utilisation d’herbicides ne débouche pas sur de meilleures productivités

Coquelicots, pissenlits, myosotis et autres herbes folles offrent d’importants services environnementaux : elles apportent de la nourriture aux pollinisateurs et à de nombreuses espèces d’oiseaux. En outre, elles pourraient améliorer la qualité des sols. Depuis bientôt une dizaine d’années, la chercheuse dijonnaise s’intéresse aux différents rôles de ces plantes adventices et à leurs relations avec les plantes cultivées.

Pourtant, ce n’étaient pas ces thématiques qui intéressaient Sabrina Gaba au début de sa carrière. Étudiante à l’Université de Dijon, ce sont plutôt les grandes questions sur l’évolution qui l’ont attirée vers l’analyse statistique et la modélisation des interactions entre organismes.  En 2002, elle entame sa thèse à l’Inra de Tours, qu’elle réalise entre deux laboratoires : un laboratoire d’infectiologie animale à Tours et un de biométrie à Avignon. Ceci lui permet d’affiner ses compétences en traitement des données et modélisation, tout en travaillant sur un cas très concret d’épidémiologie animale : la réponse des nématodes gastro-intestinaux d’ovins aux traitements pharmaceutiques.

Lors de son post-doctorat, qu’elle réalise en Suisse, à Bâle, elle aborde à nouveau les relations complexes entre hôtes et parasites. Cette fois-ci, il s’agit des bactéries qui infectent un petit crustacé marin appelé Daphnie. Elle observe la course aux armements qui s’établit entre l’hôte et le parasite, et l’étroite corrélation entre les densités des populations de ces deux organismes.

La biodiversité aux services de l'agriculture

En 2007, elle entre à l’Inra et obtient un poste de chercheuse au laboratoire de biologie et gestion des adventices, qui, plus tard, deviendra le laboratoire d’Agroécologie. Pourtant, le domaine de recherche de cet établissement ne correspond pas tout à fait à son expertise. « Durant mes premières années, j’ai dû acquérir des connaissances basiques sur l’agronomie, les adventices et l’agroécologie », admet Sabrina Gaba.

C’est alors qu’elle découvre la zone atelier « Plaine & Val de Sèvre », une plaine céréalière de 450 km2 dans le département des Deux Sèvres étudiée depuis 1994. Celle-ci compte plus de 450 exploitations agricoles et 13000 parcelles. Là, elle s’intéresse en particulier à l’efficacité des traitements herbicides sur la gestion des espèces adventices et à la compétition entre celles-ci et les plantes de cultures. L’un de ses résultats marquants, publié en juillet 2016 dans la revue Scientific Reports, tord le cou à une croyance très enracinée dans le monde agricole. « Dans notre échantillon de 150 parcelles appartenant à des agriculteurs, l’utilisation d’herbicides ne débouche pas sur de meilleures productivités », explique-t-elle.  Ces produits chimiques éliminent les plantes sauvages les plus rares, en épargnant les plus communes, celles qui entrent réellement en compétition avec les espèces cultivées. Autre effet désastreux des herbicides : leur impact sur les insectes pollinisateurs, dont dépend la productivité de nombreuses cultures, telles que le colza.

À présent, dans un nouveau travail de recherche menée sur la zone atelier « Plaine & Val de Sèvre » en collaboration avec 29 exploitants agricoles, elle quantifie l’impact de l’utilisation d’herbicides et d’azote sur la relation adventice-rendement. Le but, à terme, est d’arriver à une agriculture moins dépendante des intrants, tout en restant productive. Une agriculture, plus consciente de son rôle dans l’équilibre écologique doit surgir de la recherche et de l’expérience des exploitants.

Sabrina Gaba pense aux générations futures lorsqu’elle s’attèle à ces tâches. « En tant que citoyen, on ne peut que s’inquiéter de l’effondrement de la biodiversité. Il faut changer les modes de production et revoir la relation entre la nature et les Hommes », propose-t-elle.

Mini-CV

  • 1978 : naissance à Dijon
  • 2005 : doctorat à l’Université François Rabelais de Tours
  • 2006-2007 : post-doctorat à l’institut de Zoologie de l’Université de Bâle, Suisse
  • 2007 : entrée au Laboratoire de biologie et gestion des adventices
  • 2016 : porte le projet Disco Weed qui vise à réguler l’utilisation d’intrants en agriculture, tout en maintenant la productivité et le projet Bioserv qui propose de démontrer l’impact positif de l’agriculture biologique à l’échelle des paysages agricoles.