L’oiseau rare

À l’Inra de Toulouse, Nicolas Cèbe est un animalier hors du commun. Unique, comme l’élevage de chevreuils dont il est le responsable technique. Atypique, comme la faune sauvage dont il s’entoure au quotidien et qu’il connait si bien. Ses compétences singulières, il les a développées au service de l’appui à la recherche. Mais son métier, il l’a choisi avant tout par passion.

Nicolas Cèbe, responsable technique du dispositif expérimental de l’unité Comportement et écologie de la faune sauvage (CEFS) de Gardouch (Haute Garonne) pour l’étude du chevreuil en conditions contrôlées. Site d’élevage qui permet de mener des expériences sur le système « chevreuil-environnement ». Apprivoisés dès le plus jeune âge, les animaux disposent d’enclos conçus pour minimiser leur stress. Certains faons sont élevés au biberon.
Suivi des populations d’oiseaux (Suivi des populations de tiques) afin de mesurer les interactions chevreuil-environnement.. © Inra, MAITRE Christophe
Par Julie Cheriguene
Mis à jour le 19/05/2017
Publié le 09/05/2017

Pour trouver Nicolas Cèbe, rien ne sert de frapper à la porte d’un bureau. Il faut rejoindre l’écrin naturel du site de Gardouch, 21 hectares consacrés plus particulièrement à l’élevage de chevreuils, à une trentaine de kilomètres du centre Inra de Toulouse. C’est ici que l’on retrouve Nicolas, au plus près de la faune sauvage : « sans ça je ne peux pas vivre ! » La nature est son élément vital depuis sa plus tendre enfance : « je suivais partout mon grand-père, à la pêche, à la chasse. Il était même obligé de partir en cachette ! J’ai toujours voulu travailler avec les animaux sauvages. »

Au plus près de la faune sauvage

Vocation primitive

Après un Brevet technique agricole en gestion de la faune sauvage obtenu en 1994, et plusieurs expériences professionnelles, Nicolas Cèbe patiente jusqu’à son recrutement sur concours externe à l’Inra en 1998 pour travailler véritablement au contact des animaux. « J’ai rejoint l’Institut de recherche sur les grands mammifères de l’Inra Toulouse pour m’occuper d’un élevage de mouflons et de capture de cerfs dans les Cévennes. » En 2000, il prend la responsabilité de l’élevage de chevreuils, le seul en Europe, à l’installation expérimentale de Gardouch (1). « Le chevreuil est difficile à maintenir en captivité : contrairement aux animaux en liberté, farouches, le mâle apprivoisé est dangereux, territorial, ses bois sont des poignards. Il faut être trois pour le maitriser ! C’est pourquoi nous leur coupons les bois, pour la sécurité des techniciens mais aussi des animaux. »  Son quotidien est rythmé par les activités de l’élevage : entrées et sorties des animaux, transports, télé-anesthésie pour effectuer les prélèvements et couper les bois, nourrissage des faons au biberon, entretien des installations et des enclos, capture des animaux en milieu naturel et marquage, etc. Mais pas uniquement. L’installation est en appui à près d’une dizaine de projets de recherche. Après le suivi des dégâts induits par les chevreuils sur la sylviculture jusqu’en 2007, les travaux portent aujourd’hui sur le bien-être et le comportement animal, la santé humaine avec la collecte des tiques pour comprendre le mode de fonctionnement de ce parasite, ou encore l’impact du chevreuil sur la biodiversité animale (rongeurs, tiques, oiseaux).
Polyvalent, Nicolas Cèbe n’a pas le temps de s’ennuyer. Passionné par cette faune sauvage exigeante, il n’hésite pas à se remettre en question : « Il est indispensable de suivre l’évolution de la réglementation. De nouveaux agréments sont nécessaires tous les 5 ans, ce qui implique une mise à jour constante en termes de formation. »

Aventure instinctive

C’est ce qui le conduit en 2003 à une qualification dont il est le seul détenteur à l’Inra : bagueur d’oiseaux toutes espèces, formation dispensée par le Muséum national d’histoire naturelle. Dix personnes inscrites pour passer l’examen par session et peu d’élus. « On ne peut obtenir cette qualification sans bases solides », précise-t-il. Après avoir acquis une expérience de terrain auprès d’un collègue bagueur et suivi divers stages en France, il obtient la qualification au bout d’un véritable stage commando d’une semaine, au cours duquel il aura bagué 3 500 oiseaux ! « Capture la nuit, baguage le matin et cours l’après-midi ! Sans compter une nuit entière de baguage avant l’examen final », se souvient-il amusé.
Cette passion l’anime, et le pousse à dépasser ses limites, et les frontières ! En septembre 2011, le Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier (2) fait ainsi appel à lui pour une mission de trois semaines sur les îles de la Reine Charlotte en Colombie Britannique, au Canada. Objectif : capturer des cerfs à queue noire afin de les équiper de colliers GPS. « C’était une première, il fallait donc mettre en place les pièges. On s’est rendu compte que le même animal faisait le tour de tous les pièges ! Mais grâce à ces installations, les captures ont été plus nombreuses les années suivantes. » Une expérience en communion avec la nature sauvage dont il ressort émerveillé : « ce sont des îles vierges de toute activité humaine. On dormait sous une tente sans eau ni électricité, ni aucun réseau téléphonique. C’était difficile mais extraordinaire ! »

Son expérience et ses connaissances particulières, Nicolas Cèbe souhaite les transmettre. Il encadre régulièrement des stagiaires et des étudiants, avec un plaisir non dissimulé : « j’ai aimé apprendre et j’aime rendre la pareille ! » Son vœu aujourd’hui, pouvoir capitaliser ses 19 années d’expérience pour obtenir un diplôme d’étude supérieure, et avoir ainsi accès à des formations d’habilitation de niveau 1 pour manipuler le matériel vivant. Une ambition motivée par son désir constant d’approfondir ses compétences, avec comme préoccupation majeure le bien-être de ses animaux sauvages.

(1) Unité de recherche Comportement et écologie de la faune sauvage, centre Inra Occitanie-Toulouse
(2) Le Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier, unité de recherche du CNRS, est l'un des plus importants laboratoires de recherche en écologie en France. 

Une journée avec Nicolas Cèbe

Collecte des tiques, capture d’oiseaux, piégeage des micromammifères, élevage des chevreuils : découvrez en images le quotidien de Nicolas Cèbe, qui a fait de sa passion pour les animaux son métier.

Pour aller plus loin

En savoir plus sur l’élevage des chevreuils avec le blog Histoire de chevreuils. Retrouvez en vidéo Nicolas Cèbe en pleine activité de  télé-anesthésie des mâles adultes, utilisée pour couper les bois des animaux et faire des prélèvements sans douleur : https://chevreuils.wordpress.com/2017/04/06/teleanesthesie-des-males-adultes/

Mini-CV

  • 45 ans, marié, 2 enfants
  • 1990 : BEP agriculture élevage
  • 1994 : Brevet technique agricole gestion faune sauvage
  • 1994 : Diplôme de piégeur agréé
  • 1998 : recruté à l’Inra de Toulouse en tant que agent technique animalier à l’Institut de recherche sur les grands mammifères
  • En 2000 : il devient responsable technique de l’élevage de chevreuils à l’installation expérimentale de Gardouch (technicien de recherche classe exceptionnelle depuis 2009)
  • 2007 : Qualification de bagueur d’oiseaux toutes espèces du Muséum national d’histoire naturelle
  • Hobbies : Nature, chasse, pêche, plongée, photo animalière

En chiffres

  • Un chevreuil mâle pèse entre 25 et 30 kg
  • 17 à 40 chevreuils en captivité selon les périodes
  • Jusqu’à 640 tiques prélevées sur le même chevreuil
  • En 2014-2017, 4 988 nymphes de tiques ont été collectées, dont 82 mâles et 36 femelles adultes de l’espèce ixodes recinus dans le cadre du métaprogramme ACCAF
  • 3 500 oiseaux bagués en une seule semaine lors de son examen pour la Qualification de bagueur d’oiseaux toutes espèces du Muséum national d’histoire naturelle
  • Depuis mai 2003, 4 027 oiseaux capturés et bagués à l’installation expérimentale de Gardouch. 613 oiseaux ont par la suite été contrôlés, parmi lesquels 10 ont été repris (mort accidentelle : prédation, collision, etc.)