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2019, année fantastique pour Lucie Pellissier

L’expression « heureux événement » prend cette année tout son sens pour Lucie Pellissier, chercheure CNRS à l’unité Physiologie de la Reproduction et des Comportements (PRC) de l’Inra de Nouzilly : alors qu’elle va bientôt accueillir son troisième enfant, elle vient d’obtenir le financement « ERC Starting Grant » 2019 de la Commission Européenne. Une réussite dont elle nous livre les secrets : travail, organisation, curiosité, ténacité. Son sourire et sa voix chantante nous font ajouter : et une certaine aptitude au bonheur…

Lucie Pellissier, lauréate de l’appel ERC Starting Grant 2019 (dans l'UMR PRC, Inra Val de Loire) © Bertrand Nicolas
Par Emmanuelle Manck
Mis à jour le 03/10/2019
Publié le 02/10/2019

Si la biologie s’impose à Lucie Pellissier comme « une évidence » dès le lycée, c’est à l’occasion des travaux pratiques universitaires de chimie-biologie qu’elle se fascine pour le fonctionnement complexe et mystérieux du cerveau. Elle se spécialise donc en neurobiologie et obtient son Diplôme d’Études Approfondies (DEA) en 2005. Pour sa thèse, Lucie choisit d’étudier une mutation qui altère la sensibilité d’un récepteur de la sérotonine, cette hormone chargée de « passer le message » entre les neurones. Elle réussit à décrire comment ce récepteur muté peut être activé, et son activité contrôlée, par une forme synthétique de sérotonine. « Il a pu être utilisé à des fins de protection des neurones dans des modèles in vitro de dégénérescences des neurones, par exemple de maladie de Parkinson », explique Lucie Pellissier.

Après la sérotonine, la rétine… et la tétine !

Pour son post-doctorat, Lucie va plus loin : en 2009, elle s’envole pour les Pays-Bas et passe de l’étude des lignées cellulaires au développement de modèles de souris pour la recherche. Au Netherlands Institute for Neuroscience, elle se consacre au gène CRB1, l’un des gènes impliqués dans deux maladies dégénératives graves de la rétine afin de développer des modèles précliniques permettant de contribuer à la recherche sur la thérapie génique de ces pathologies. Six années pour aboutir ces recherches avec un sentiment d’accomplissement professionnel, mais aussi personnel, à la clef : « J’ai beaucoup travaillé, mais dans un environnement scientifique très enrichissant : j’ai pu développer mon indépendance au milieu d’excellents chercheurs, j’ai été bien encadrée et toujours poussée à chercher des financements », se souvient Lucie. « Grâce au système familial néerlandais très moderne, j’ai aussi pu avoir mes deux premiers enfants pendant cette période ! ».

Aux racines neuronales du comportement social

Je cherche toujours à comprendre les choses qu’on ne comprend pas

En 2015, Lucie Pellissier retourne en France et intègre l’unité de Physiologie de la Reproduction et des Comportements (PRC)* du site Inra de Nouzilly pour développer des anticorps thérapeutiques pouvant moduler l’activité de récepteurs impliqués dans le comportement social. Un virage thématique négocié avec l’adresse que confèrent la passion et la curiosité ! « Je fonctionne beaucoup au coup de cœur dès lors que le sujet touche à la neuroscience et à la compréhension moléculaire des maladies dans le but de développer des thérapies », explique la jeune chercheure. « Tout au long de ma carrière, j’ai eu envie d’en apprendre toujours plus et de comprendre les choses qu’on ne comprend pas. C’est le cas du comportement social, très complexe, mais dont les acteurs moléculaires sont très conservés entre les espèces ».  Après un passage au sein de l’équipe DRuGS de l’Unité, elle passe le concours CNRS et c’est en tant que chargée de recherche qu’elle rejoint l’équipe BIOS (Biologie et bioinformatique des systèmes de signalisation) en 2017. « Là, j’ai eu tout le soutien dont j’avais besoin de la part de mon directeur d’unité Florian Guillou et de mon équipe pour faire ma demande de financement ‘Starting Grant’ au Conseil Européen de la Recherche », raconte Lucie Pellissier.

Le projet de Lucie Pellissier est le prolongement direct de ses travaux de recherche au sein de l’unité : étudier sur la cellule et l’animal les molécules, en particulier les hormones, entrant en jeu dans la sociabilité. Le but : découvrir comment agir sur ces cibles afin de rétablir le comportement social et le bien-être par des traitements utiles pour les animaux et qui sait, pour l’homme, notamment dans le cadre de la prise en charge de l’autisme.

Lucie Pellissier travaillera notamment sur l’ocytocine, une hormone sécrétée par les neurones qui favorise les interactions entre congénères : « L’ocytocine est connue pour se lier à trois récepteurs de ma famille de récepteurs de prédilection, mais on ne sait pas lequel fait quoi et quelles sont les voies de signalisation empruntées dans la cellule. De plus, trop d’ocytocine altère également le comportement social : il est nécessaire de comprendre comment cette hormone agit au niveau cellulaire pour développer des traitements plus adéquats ». Elle décortiquera également les mécanismes d’une autre substance de la même famille que l’ocytocine, la vasopressine : « Selon des études effectuées sur l’animal et sur l’homme, la vasopressine a des effets similaires à l’ocytocine et se lie au même récepteur, mais ses fonctions encore mal connues doivent être explorées ».

Un encouragement pour la recherche et les femmes de science

Les enjeux forts du projet et le parcours hyperspécialisé de Lucie font mouche auprès du Conseil Européen de la Recherche. « Lorsque j’ai appris en avril 2019 que mon dossier était présélectionné, je n’arrivais pas à y croire », admet-elle en riant.  Galvanisée par la bonne nouvelle, elle travaille pendant deux mois l’oral qu’elle doit ensuite passer : « J’avais un peu le trac, mais j’étais bien préparée ». Et en effet, le succès est au rendez-vous : elle obtient un financement d’1,5 millions d’euros sur 5 ans pour construire une équipe et développer son projet. « Cette bourse prestigieuse et d’un montant sans équivalent national représente un formidable coup d’accélérateur pour des recherches compliquées ou innovantes telles qu’elles seront réalisées à l’Inra ».

Dès que son congé maternité sera terminé au printemps 2020, Lucie se lancera dans la mise en œuvre de son projet avec plus de dynamisme que jamais. « Une carrière scientifique est parfois compliquée pour une femme avec des enfants, reconnaît Lucie. Il ne faut cependant pas hésiter à s’engager à mener de front sa vie familiale et sa vie professionnelle, l’important étant de faire les bons choix pour mettre les meilleures chances de son côté », conseille-t-elle.  
 

* CNRS UMR7247, INRA UMR85, Université de Tours

Mini-CV

  • 36 ans
  • En couple, 2 enfants et bientôt 3 !
  • 2019 : Lauréate ERC Starting Grant et habilitation à diriger les recherches
  • 2017 : Chargée de recherche dans l’équipe BIOS
  • 2015 : Entrée à l’Inra et post-doctorat “Développement de nanobodies capables de moduler l’activité de RCPG clés pour le comportement social” à l’UMR Physiologie de la Reproduction et des Comportements
  • 2009-2015 :  Post-doctorat au Netherlands Institute for Neuroscience et à l’Amsterdam Medical Centrum à (Pays-Bas)
  • 2009 : Doctorat en Neuroscience
  • 2005 : DEA en Neurobiologie à l’Université de Montpellier.