Changement du climat : le sol à la clé

Laurent Philippot est directeur adjoint de l’unité Agroécologie de Dijon depuis 2014. Il est responsable du pôle EcolDur (1) qui étudie les écosystèmes agricoles pour concevoir des systèmes de production durables. Ses recherches personnelles portent sur les bactéries impliquées dans les transformations des fertilisants azotés dans l’objectif de limiter les pertes en nutriments et les émissions de gaz à effet de serre favorisant le réchauffement climatique.

Portrait de Laurent Philippot. © Inra
Par Emmanuelle Manck
Mis à jour le 30/06/2015
Publié le 23/06/2015

Après ses études de biologie des organismes, Laurent a voulu suivre sa passion de la botanique et continuer à « faire pousser des plantes ». Il s’est donc laissé séduire par l’écologie microbienne : les interactions entre les plantes et les microorganismes sont d’une importance cruciale pour leur croissance ! Il passe son doctorat en 1997, au laboratoire Écologie microbienne de Lyon, où il se consacre au cycle de l’azote, thème qu’il « creusera » durant les années suivantes. En effet, les plantes se « nourrissent » d’azote dont la disponibilité est influencée par différents groupes de microorganismes. Par exemple, les bactéries « nitrifiantes » transforment l’ammonium en nitrates dans le sol. Cependant, d’autres bactéries, dites « dénitrifiantes », transforment ces nitrates en formes d’azote gazeuses qui s’échappent vers l’atmosphère. « Les bactéries dénitrifiantes conduisent à des pertes de fertilisants dommageables pour l’agriculteur et à l’émission de protoxyde d’azote, un important gaz à effet de serre impliqué dans la destruction de la couche d’ozone », explique Laurent Philippot.

La recherche sur les microorganismes des sols s’organise

Après son doctorat, Laurent Philippot rejoint l’unité Microbiologie des sols de l’Inra de Dijon où il est « bien accueilli et bien entouré ».  En 2001, il part un an au Georgia Institute of Technology (GATECH) à  Atlanta aux États-Unis « pour comprendre comment la recherche est réalisée ailleurs ». « Quand je suis revenu en France, un jeune chercheur, Fabrice Martin et moi-même avons été soutenus par le laboratoire Inra pour promouvoir une plus grande transversalité entre équipes, approches et outils », se souvient le biologiste. « Nous avons eu du personnel et des financements qui nous ont donné plus de moyens d’agir ». Ses recherches sur l’écologie des microorganismes impliqués dans le « détournement » de l’azote se sont donc poursuivies dans de bonnes conditions.

Des bactéries « puits » de gaz à effet de serre

Vers des pratiques agricoles « durables »

En 2003, Laurent Philippot devient chef de l’équipe Écologie microbienne fonctionnelle pour la gestion des intrants, dont l’objectif est de comprendre les mécanismes de transformations biologiques des fertilisants azotés et des pesticides dans les sols agricoles afin de limiter leurs impacts sur l’environnement. En 2012, l’unité fusionne avec d’autres pour former l’importante unité Agroécologie. Sa vocation : chercher des moyens de développer une agriculture durable qui permette une production en quantité et en qualité en phase avec les besoins alimentaires tout en respectant l’environnement. « Au début des années 2000, l’équipe a proposé de nouvelles approches pour caractériser et quantifier les bactéries du cycle de l’azote. En 2013, elle a découvert un groupe de bactéries pouvant agir comme un « puits » pour protoxyde d’azote et qui le transforment en simple azote ». Aujourd’hui, Laurent Philippot a recruté un doctorant dans le cadre d’un projet financé par l’Ademe et d’un projet Marie Curie européen pour identifier des pratiques agriculturales pouvant stimuler ce groupe de bactéries afin de limiter les émissions des gaz à effet de serre.

(1) Écologie des communautés et durabilité systèmes agricoles

Mini-cv

  • 47 ans, marié
  • Maîtrise en Biologie des organismes et des populations de l’université Claude Bernard de Lyon en 1992
  • Doctorat en Écologie microbienne en 1997
  • Année sabbatique au laboratoire du Pr Zhulin, Georgia Institute of Technology, School of Biology à  Atlanta aux Etats-Unis en 2001
  • Séjour sabbatique au laboratoire du Pr Hallin, Swedish University of Agricultural Science à  Uppsala en Suède en 2008-2009
  • Éditeur senior du “ISME” Journal (revue multidisciplinaire en écomicrobiologie)
  • Auteur de plus de 110 articles scientifiques et 130 communications
  • Directeur adjoint de l’UMR Agroécologie depuis 2014