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Julien Pradel, maître de la polyvalence

Du haut de ses vingt-trois ans, Julien Pradel est zootechnicien et responsable ovin viande à l’Inra, qu’il a rejoint depuis maintenant deux ans. À 800 mètres d’altitude, c’est dans le domaine de La Fage, situé sur le Causse du Larzac qu’il exerce son métier. Rencontre avec un jeune homme passionné et actif, aussi bien dans sa vie professionnelle que personnelle.

Troupeau allaitant de race Romane élevé en plein air intégral sur le domaine expérimental Inra de La Fage. Situé sur le Causse du Larzac, le domaine est un site expérimental du département de génétique animale pour les ovins laitiers et allaitants. Portrait Julien Pradel.. © Inra, MAITRE  Christophe
Par Anaïs Bozino
Mis à jour le 01/09/2017
Publié le 01/09/2017

« Ce qui me plaît vraiment, c’est le contact avec les animaux et la nature, bien sûr, mais aussi avec les scientifiques » s’exclame Julien Pradel. Après un BTSA Productions animales à Digne-les-Bains et un Certificat de Spécialisation ovins lait dans l’Aveyron, Julien a été recruté en tant que formateur pour encadrer une formation de découverte du métier d’agriculteur durant trois mois à La Cazotte. Il rejoint les rangs de l’Inra en octobre 2015. Et dès l’année suivante, il devient responsable d’un troupeau viande, composé de 350 brebis romanes. L’objectif à La Fage ? Favoriser, grâce à la génétique et à l’étude du comportement (avec leur agneau, entre brebis, et avec l’Homme), l’adaptation des animaux à un milieu difficile, en prenant en compte leur bien-être.  

Un métier aux multiples facettes

« Une grande partie de mon travail se fait sur le terrain, soit environ 60 % de mon temps, avec le troupeau, autour de l’agnelage et des tests de comportement, qui sont des moments-clés ! Le reste du temps, je suis au bureau, pour m’occuper des données et les saisir dans un logiciel, faire de la prévision, créer des protocoles, faire des fiches de suivi… » détaille Julien Pradel. Ce dernier s’occupe notamment des aspects élevage avec son équipe, composée de deux à huit personnes en fonction des besoins du moment. Gestion des problèmes sanitaires et autres, suivi du calendrier des soins (vaccination, parasitisme…), suivi du nombre, entrée des données, planification des pesées pour obtenir un suivi régulier pluriannuel ou encore gestion du pâturage et des aspects réglementaires… Les missions ne manquent pas !

En plein air, avec ses brebis

 « Le domaine a été le terrain des premiers travaux sur des animaux réformés dans les années 1980-1990 (qui ne sont plus utilisés pour leur lait), car ce sont des animaux qui ne sont pas habitués à vivre en plein air… On en était à tricoter des manteaux pour les agneaux ! » nous raconte Julien en riant. Le comportement des animaux, la limitation des intrants, le développement durable et la viabilité du modèle économique faisaient déjà partie des priorités à ce moment-là. Finalement, c’est dans les années 2000 que La Fage introduit la brebis romane, très rustique, car elle est la race la plus adaptée à l’élevage sur parcours en plein air intégral. Actuellement, le jeune homme travaille avec son équipe sur la sélection d’animaux en fonction de leur comportement : le travail consiste à faire des tests normalisés sur les brebis pour voir si elles sont réactives à leurs congénères d’une part, et aux Hommes d’autre part. « À part pour ces tests, qui sont effectués en bâtiment, les brebis sont à l’extérieur, même lorsque nous intervenons pour la pesée, les prises de sang… » précise-t-il.

« Spécialisé dans la polyvalence »

Les discussions avec les scientifiques sont passionnantes

« J’apprécie vraiment les discussions avec les scientifiques, c’est passionnant. La plupart du temps, nous échangeons sur la manière de réaliser des prélèvements, sur la mise en place des protocoles, leur exécution, la faisabilité, entre autres. Et comme nous sommes dans le secteur de la génétique, il s’agit généralement d’évolutions d’une demande plus que de nouvelles requêtes, même s’il peut y avoir des besoins ponctuels » explique-t-il. Par ailleurs, il apporte également son aide pour répondre à l’appel d’offre du programme européen Isage. Ce protocole développe de nouveaux moyens de phénotypage pour caractériser la robustesse des animaux face au changement climatique. « Les scientifiques ont déjà établi une base, et je rends possible et cohérente cette demande. Je suis épaulé par le reste de l’équipe car cela ne fait que deux ans que je suis là ». Pour occuper ce poste, Julien nous rappelle avec humour qu’il faut être « spécialisé dans la polyvalence ». Et polyvalent, il l’est, autant dans sa vie professionnelle que personnelle !

Une vie bien remplie

Conseiller municipal, trésorier de plusieurs associations, il a également organisé le Festival de Roc Castel. La thématique ? Le voyage lent. Pendant une semaine, les événements culturels se succèdent, ainsi que les récits de voyage qui se sont fait à moins de… 5km/h ! Descente du Danube en canoë, voyage en âne ou en roller… Les expériences valent le détour. Il a également animé des cours d’informatique dans un centre de formation solidaire agricole au Sénégal, lors d’une mission humanitaire en 2015. Le but de l’association Jappoo, dont il est le trésorier, est de créer des échanges entre le Nord et le Sud, et plus particulièrement entre les jeunesses du Nord et du Sud. « Nous sommes partis pendant un mois avec un ami, nous avons vu le ministre, les préfets et sous-préfets pour faire bouger les choses et faire en sorte que les jeunes sénégalais puissent accéder à une formation pour créer leur entreprise agricole et valoriser ce secteur » conclut-il.

Dans les pas de Julien Pradel

Tests de comportements des brebis face à leur congénères ou aux Hommes, vaccination, pesée... les activités de Julien Pradel sont très diversifiées. Découvrez-les en images !

Photos de Ch. Maître

Mini-CV

  • 2010-2012 : Bac technologique STAV au Lycée Frédéric Bazille Agropolis
  • 2012-2014 : BTSA Productions animales à Digne-les-bains
  • 2014-2015 : CS Ovins lait au CFPPA La Cazotte
  • 2015 : Formateur à La Cazotte « Initiation à l’agriculture et à l’élevage
  • Octobre 2015 : entrée à l’Inra en tant que zootechnicien à La Fage
  • Hobbies : nature, arts vivants, vie associative, patrimoine, voyage, randonnée, équitation

En savoir plus

Le domaine La Fage

Rattaché au département scientifique de génétique animale pour les ovins laitiers et allaitants, le domaine de La Fage est un site expérimental. Le domaine est composé de 280 hectares de landes et de 97 hectares labourables, il abrite trois types de parcelles : une parcelle témoin (non pâturée depuis 30 ans), plusieurs parcelles pâturées (ou natives) et plusieurs pâturées-fertilisées (les terrains sont fertilisés une fois par an, avec de l’azote). Au fil des saisons et en fonction de son activité, le troupeau est amené à changer de parcelle. L’un des objectifs est d’augmenter la persistance des brebis, c’est-à-dire leur performance sur une longue durée, dans un milieu difficile.