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Jean-François Soussana : expert international dans les réseaux de recherche en environnement

Avec près de 120 articles dans des revues scientifiques à comité de lecture et plusieurs prix et distinctions, Jean-François Soussana, directeur scientifique Environnement de l'Inra, est un spécialiste reconnu de l’écologie des prairies et des cycles du carbone et de l'azote. Il préside plusieurs comités scientifiques, dont celui de la programmation conjointe de la recherche sur l’agriculture, la sécurité alimentaire et le changement climatique (FACCE JPI) qui rassemble 20 pays européens, et il participe au pilotage de projets internationaux de recherche. Depuis 1998, il participe au Groupe Intergouvernemental d'Experts sur le Climat (GIEC).

Colloque Agroécologie et recherche le 17 octobre 2013 à Paris. Intervention de Jean-Francois SOUSSANA, directeur scientifique pour l'environnement à l'Inra.. © Bertrand NICOLAS - Inra, NICOLAS Bertrand
Mis à jour le 10/02/2017
Publié le 05/10/2011

Travailler en réseau et en collectif nous rend plus créatifs

Jean-François Soussana fait ses études à Montpellier Supagro (à l’époque Ensam) : « Depuis toujours intéressé par les questions d’environnement et de nature, j’estimais qu’une école d’ingénieur agronome pouvait m’ouvrir des portes. Je ne savais toutefois pas encore que je consacrerai ma carrière à la recherche », se souvient le chercheur. En passant une thèse de physiologie végétale à l’Inra, il « y prend goût » et se forme au fonctionnement des plantes et leur nutrition. Le chercheur approfondira alors cette thématique et ses ramifications jusqu’à aujourd’hui.

Une fixation d’azote parfaitement auto-régulée

Recruté à l’Inra de Clermont-Theix en tant que chargé de recherche en 1986, Jean-François étudie alors les légumineuses dans les prairies : « J’abordais des questions fondamentales comme leur fonctionnement enzymatique, mais aussi le contrôle de leur fixation de l’azote. Le but : économiser des engrais et augmenter la qualité de la production ». L’équipe contribue à découvrir que la plante contrôle elle-même sa fixation d’azote : « Quand elle arrive à satiété, elle ferme l’entrée d’oxygène pour ralentir la respiration des bactéries symbiotiques des racines ». Les études sont alors étendues à la compétition pour la lumière et pour les nutriments entre plantes et l’influence des herbivores domestiques : « Là encore, le système s’auto-régule par des fluctuations de l’abondance des légumineuses en fonction de l’état du sol. La diversité végétale tend à optimiser le fonctionnement de la prairie ».

Vers la compréhension de l’impact du changement climatique sur les prairies

Jean-François Soussana à la conférence de la « Global Research Alliance on Agricultural Greenhouse gases » (GRA), consortium international entre 31 États, dont l’objectif est de contribuer à l’amélioration de la productivité de l'agriculture tout en réduisant les émissions de Gaz à effet de serre.. © Inra, MAITRE Christophe
Jean-François Soussana à la conférence de la « Global Research Alliance on Agricultural Greenhouse gases » (GRA), consortium international entre 31 États, dont l’objectif est de contribuer à l’amélioration de la productivité de l'agriculture tout en réduisant les émissions de Gaz à effet de serre. © Inra, MAITRE Christophe
En plus de ces études à l’interface entre agronomie et écologie, Jean-François Soussana s’intéresse dès le début des années 90 à l’augmentation du CO2 atmosphérique. Il participe à l’un des premiers programmes Inra sur le changement climatique et l’effet de serre. L’équipe lance alors une première génération d’expériences : des tunnels de graminées et légumineuses exposées à un CO2 doublé et à une température augmentée de 3 °C. « La photosynthèse augmentant, la croissance des végétaux devait s’amplifier fortement. En fait, les plantes réagissent en envoyant un excédent de carbone dans leurs racines. Les litières racinaires se décomposent alors plus lentement et l’azote du sol devient limitant, tant pour les décomposeurs du sol que pour les plantes. La production des graminées cultivées n’augmente finalement que de 5 à 15 %, mais celle des légumineuses augmente plus… ». La deuxième vague d’expériences, cette fois à l’aide de fumigation de CO2 à l’air libre, montre que la biodiversité des prairies est modifiée, notamment grâce à "une augmentation de l’abondance des légumineuses et de certaines dicotylédones ». Les expériences de troisième génération, associent réchauffement, augmentation de CO2 et réduction de la pluviométrie en fonction du scénario attendu pour 2050. Puis, celles de quatrième génération, toujours en cours, testent les impacts d’extrêmes climatiques, comme celui observé en 2003 et ceux attendus pour la fin du siècle. « Nous aurons bientôt une meilleure vision de l’impact de ces facteurs combinés et du rôle de la variabilité du climat ». À ces expériences, s’ajoute la construction de modèles numériques très détaillés qui permettent aujourd’hui d’anticiper les impacts du changement climatique. « Les modèles incluant la diversité végétale et les interactions avec les organismes du sol sont en train de renouveler notre compréhension du fonctionnement d’un écosystème soumis au changement global ».

Le carbon(heur) est dans le pré ?

Dans le même esprit, Jean-François Soussana a abordé « la question réciproque de l’impact, la contribution des prairies et des élevages aux gaz à effet de serre (carbone, azote et méthane) ». À l’issue d’un premier projet européen qu’il a coordonné sur ce thème, des résultats inédits et intéressants sont apparus : « Les prairies européennes sont généralement des puits pour le carbone atmosphérique : ce dernier s’accumule dans les matières organiques du sol. Son stockage peut même dépasser, en équivalents CO2, l’émission de méthane et de N2O. Cela peut signifier que ces surfaces apportent un bénéfice environnemental, même si la production dans les fermes d’élevage s’accompagne d’une émission nette de gaz à effet de serre ».

Pour préserver l’environnement, l’union scientifique fait la force !

Sa participation depuis 1998 au Groupe Intergouvernemental d'Experts sur le Climat (GIEC) a été couronnée par un prix Nobel de la Paix décerné au GIEC en 2007 : « Ce type d’expertise collective a eu un énorme impact au niveau mondial. Les connaissances acquises en une quinzaine d’années sont impressionnantes et de nombreuses hypothèses sont en train de se vérifier ». Aujourd’hui directeur scientifique Environnement de l’Institut depuis 2010, Jean-François Soussana tente de concilier les responsabilités qu’il a développées au fil des ans : « Quand on est investi dans plusieurs programmes et activités intéressantes, la difficulté est de réussir à trouver le temps, l’organisation et l’énergie qui doivent leur être consacrés. Vu de l’extérieur, on donne l’impression de faire plusieurs métiers à la fois ». Heureusement, il peut compter sur la « force de l’Inra », qui selon lui, repose sur « un réseau interne de compétences très étendu ».

Mini-cv

  • 52 ans
  • marié, deux enfants
  • directeur de recherche, directeur scientifique
  • formation : Ingénieur agronome, Docteur ès Sciences

Récompensé par de nombreux prix et médailles, parmi lesquels :

  • Prix Nobel de la Paix décerné en 2007 au GIEC, dont il est l’un des experts
  • Nommé chevalier de l’Ordre du Mérite agricole en 2009
  • Médaille d’or de l’Académie de l’agriculture de France en 2011
  • Prix Gerbier-Mumm de l’Organisation mondiale de la météorologie (2012)