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Partisan de la science ouverte à l’international

Coordonner le volet international de la stratégie de recherche de l’Inra : c’est la mission sur laquelle Jean-François Soussana déploie toute son envergure. Pour cet expert reconnu de l’écologie des prairies et des cycles du carbone et de l'azote, en lien avec le changement climatique, le défi est de taille, et à la hauteur de son parcours d’exception.

Jean-François SOUSSANA, Vice-Président en charge de la politique internationale de l'Inra.. © Inra, MAITRE Christophe
Par Emmanuelle Manck, Julie Cheriguene
Mis à jour le 19/06/2017
Publié le 05/10/2011

Travailler en réseau et en collectif nous rend plus créatifs

« La recherche se déploie aujourd’hui dans le cadre de réseaux mondiaux », constate Jean-François Soussana. C’est dans ce contexte qu’il accepte en mars 2017 le poste de vice-président en charge de la politique internationale à l’Inra. Renforcer les priorités scientifiques et l’impact de l’Institut via sa politique internationale, rénover les outils de coopération européenne et internationale, et accentuer la capacité de recherche et d’expertise de l’Inra sur les enjeux mondiaux, tels sont les objectifs à atteindre pour le scientifique qui a acquis au cours des années une place incontournable sur la scène de la recherche mondiale dans les sciences de l’environnement.

Pour préserver l’environnement, l’union scientifique fait la force !

En 2015, alors que la France est au cœur des grands rendez-vous sur le climat, Jean-François Soussana fait partie des comités scientifiques des deux conférences internationales se déroulant à Montpellier et à Paris, cette dernière réunissant pendant trois jours 2 200 participants, avec 95 pays représentés et une forte mobilisation des mondes scientifique et politique. La COP21 tenue à Paris clôture l’année : il est investi dans l’animation scientifique de la conférence, entre bilan de l’état de l’art des connaissances et suggestion de pistes d’avenir.  De l’Accord de Paris naîtra une initiative unique portée par la France, avec le concours de l’Inra, du Cirad, de l’IRD et du consortium CGIAR : « 4 pour 1000, les sols pour la sécurité alimentaire et le climat ». Le principe : la mise en œuvre de pratiques agricoles et forestières favorisant l’amélioration de la teneur en matières organiques et la séquestration de carbone dans le sol, en visant à l’échelle mondiale un taux d’accroissement du stock de carbone du sol de 4 pour 1 000 par an dans les 40 premiers centimètres. « On trouve des exemples en Europe comme dans les autres régions du monde. Le fond carbone portugais a ainsi évalué depuis 2009, le stockage de carbone obtenu par la restauration de prairies dégradées à 1 million de tonnes, les actions entreprises étant le semis de mélanges graminées-légumineuses et l’apport de phosphore pour la restauration du sol » illustre Jean-François Soussana. La concrétisation de travaux de recherche au long cours, auxquels participe le chercheur depuis le début de sa carrière.

Lanceur d’alerte sur le climat : à l’école des prairies

Jean-François Soussana fait ses études à Montpellier Supagro (à l’époque Ensam) : « Depuis toujours intéressé par les questions d’environnement et de nature, j’estimais qu’une école d’ingénieur agronome pouvait m’ouvrir des portes. Je ne savais toutefois pas encore que je consacrerai ma carrière à la recherche ! », se souvient-il.
Recruté à l’Inra de Clermont-Theix en tant que chargé de recherche en 1986, Jean-François mène des travaux à l’interface entre agronomie et écologie, sur les légumineuses dans les prairies : « J’abordais des questions fondamentales comme leur fonctionnement enzymatique, mais aussi le contrôle de leur fixation de l’azote. Le but : économiser des engrais et augmenter la qualité de la production. »
Dès le début des années 90, il s’intéresse à l’augmentation du CO2 atmosphérique. Il participe à l’un des premiers programmes Inra sur le changement climatique et l’effet de serre. L’équipe lance plusieurs générations d’expériences. Celles de la quatrième et dernière génération testent les impacts d’extrêmes climatiques, comme celui observé en 2003 et ceux attendus pour la fin du siècle. « Nous avons maintenant une meilleure vision de l’impact de ces facteurs combinés et du rôle de la variabilité du climat ». À ces expériences, s’ajoute la construction de modèles numériques très détaillés qui permettent d’anticiper les impacts du changement climatique. « Les modèles incluant la diversité végétale et les interactions avec les organismes du sol sont en train de renouveler notre compréhension du fonctionnement d’un écosystème soumis au changement global. »

L’expert international : comprendre pour agir

Jean-François Soussana à la conférence de la « Global Research Alliance on Agricultural Greenhouse gases » (GRA), consortium international entre 31 États : améliorer la productivité de l'agriculture tout en réduisant les émissions de Gaz à effet de serre.. © Inra, MAITRE Christophe
Jean-François Soussana à la conférence de la « Global Research Alliance on Agricultural Greenhouse gases » (GRA), consortium international entre 31 États : améliorer la productivité de l'agriculture tout en réduisant les émissions de Gaz à effet de serre. © Inra, MAITRE Christophe
Rapidement, l’expertise de Jean-François Soussana est sollicitée dans le cadre de projets à l’échelle internationale. À l’issue d’un premier projet européen qu’il coordonne sur l’impact et la contribution des prairies et des élevages aux gaz à effet de serre (carbone, azote et méthane), des résultats inédits et intéressants sont apparus : « Les prairies européennes sont généralement des puits pour le carbone atmosphérique. Son stockage peut même dépasser, en équivalents CO2, l’émission de méthane et de N2O. Cela peut signifier que ces surfaces apportent un bénéfice environnemental, même si la production dans les fermes d’élevage s’accompagne d’une émission nette de gaz à effet de serre. »
Sa participation depuis 1998 au Groupe Intergouvernemental d'Experts sur le Climat (GIEC) marque un tournant, qui a été couronné par un prix Nobel de la Paix décerné au GIEC en 2007 : « Ce type d’expertise collective a eu un énorme impact au niveau mondial. Les connaissances acquises sont impressionnantes et de nombreuses hypothèses sont en train de se vérifier. » Avec 156 articles dans des revues scientifiques à comité de lecture, et plusieurs ouvrages à son actif, Jean-François Soussana est un scientifique reconnu. Par sa participation à différents comités scientifiques internationaux, il est impliqué dans la sensibilisation de la société, la définition des stratégies de recherche et dans la recherche de solutions. Une stature qui le conduit ainsi dès 2010 à la fonction de directeur scientifique Environnement de l’Inra.

Aujourd’hui vice-président en charge de la politique internationale de l’Institut, Jean-François Soussana doit concilier les responsabilités qu’il a développées au fil des ans : « Quand on est investi dans plusieurs programmes et activités intéressantes, la difficulté est de réussir à trouver le temps, l’organisation et l’énergie qui doivent leur être consacrés. Vu de l’extérieur, on donne l’impression de faire plusieurs métiers à la fois ». Heureusement, il peut compter sur la « force de l’Inra », qui selon lui, repose sur « un réseau interne de compétences très étendu. »

Mini-cv

  • 57 ans
  • marié, deux enfants
  • formation : Ingénieur agronome, Docteur ès Sciences
  • Recruté à l’Inra de Clermont-Ferrand-Theix en 1986 en tant que chargé de recherche
  • 2010 – 2017 : directeur scientifique Environnement de l'Inra
  • Actuellement vice-président en charge de la politique internationale de l’Inra

Coordination de plusieurs comités scientifiques, parmi lesquels :

  • Co-présidence de la Global Research Alliance on Agricultural Greenhouse Gases (GRA), consortium international réunissant 40 États, depuis 2016 ;
  • Membre du comité directeur du Climate knowledge and Innovation Community (Climate KIC) de l’Institut européen de technologie depuis 2016 ;
  • Président de l’initiative Programmation conjointe de la recherche sur l’agriculture, la sécurité alimentaire et le changement climatique (FACCE JPI) qui rassemble 20 pays européens entre 2010 et 2015 ;
  • Depuis 1998, il participe au Groupe Intergouvernemental d'Experts sur le Climat (GIEC).

Récompensé par de nombreux prix et médailles, parmi lesquels :

  • Prix Nobel de la Paix décerné en 2007 au GIEC, dont il est l’un des experts
  • Nommé chevalier de l’Ordre du Mérite agricole en 2009
  • Médaille d’or de l’Académie de l’agriculture de France en 2011
  • Prix Gerbier-Mumm de l’Organisation mondiale de la météorologie en 2013