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Écologiste de la santé

Chauve-souris, rats, campagnols, tiques… Jean-François Cosson a toute sa vie consacré ses recherches à des mal-aimés : « Je suis un défenseur acharné de la biodiversité », admet-il en souriant. « Les bouleversements de l’environnement modifient la faune ce qui entraîne des nuisances pour l’homme : mon travail consiste à comprendre les processus à l’œuvre et à proposer des solutions qui restaurent l’équilibre par des moyens écologiques ». Parfois considéré comme un « doux rêveur » il y a 30 ans, il constate que « ces solutions sont aujourd’hui mieux acceptées ». Flashback.

Jean-François Cosson, directeur de recherche à l’unité mixte de recherche Biologie moléculaire et immunologie parasitaires, centre Inra Ile-de-France-Jouy-en-Josas
Par Emmanuelle Manck
Mis à jour le 09/02/2018
Publié le 31/01/2018

Originaire d’un petit village de la campagne, fils de vétérinaire, Jean-François Cosson s’est dès l’enfance passionné pour la biologie et l’exploration : « Tous les soirs, je dévorais des livres sur les animaux du monde et les écrits de Darwin et de La Condamine, dont j’admirais l’esprit aventurier ». Ses études pour devenir vétérinaire, carrière naturellement envisagée après le lycée, lui permettent rapidement de pratiquer en rural. Mais sa soif de découverte n’est pas étanchée : il revient aux bancs de l’université en 1987 et fait vibrer sa fibre « verte » en étudiant l’écologie. Ces études l’emmènent à l’Inra de Kourou et dans les forêts tropicales de Guyane, « un paysage fantastique et le paradis pour l’étude des chauve-souris ». Loin d’être repoussé par l’aspect peu amène de cet animal, il consacrera sa thèse à ses différentes espèces, « qui jouent un rôle important dans l’écosystème du bassin amazonien ».

L’équilibre des écosystèmes, de la jungle à la campagne

Revenu en France en 1994, Jean-François Cosson rejoint l’Inra de Rennes où il étudiera les conséquences de l’invasion des rats sur la faune et la végétation des iles du littoral breton. Il part ensuite à l’Inra de Montpellier pour se consacrer aux dégâts des campagnols sur les prairies en Franche-Comté, « revenant avec joie à un environnement agricole qui faisait partie de (son) histoire ». Dix ans de travail qui porteront leurs fruits : « Nous avons incité les agriculteurs à passer du traitement ‘tout chimique’ de la pullulation des campagnols, avec des empoisonnements massifs de la faune sauvage, à une gestion plus écologique. De nouvelles pratiques agricoles, pourtant plus consommatrices en temps passé aux champs, ont été adoptées ». À cette occasion, le chercheur commence à se pencher sur les maladies transmises par les rongeurs à l’homme ou au bétail, se rapprochant ainsi de sa première vocation de vétérinaire, « sous l’angle de l’écologie et des conséquences sanitaires des déséquilibres environnementaux ». Il adhère dès lors fortement à la notion émergente de « One Health » – Une seule santé, qui considère que les santés animale, humaine et environnementale sont intriquées : « Elle synthétise tout ce qui m’a toujours intéressé dans mes recherches ».

« One Health » et sciences citoyennes

La recherche sous l’angle du rassemblement

Directeur de recherche à partir de 2006, Jean-François Cosson sera nommé chef adjoint du département de recherche EFPA (1) de l’Inra en 2013. Il assumera « avec enthousiasme », mais avec une modestie et une douceur intactes, ces responsabilités qui lui offrent un « changement de perspective sur la recherche ». En 2016, au laboratoire Bipar (2) de l’École nationale vétérinaire d’Alfort, il s’attaque aux tiques et aux maladies qu’elles transmettent : « Ce sujet étant devenu aussi sensible que préoccupant, je souhaitais dénouer les conflits entre les patients, les médecins et les écologistes pour que nous trouvions ensemble une solution pérenne de prévention collective et écologique ».  Convaincu par les sciences participatives et pleinement soutenu dans sa démarche par l’Inra, il lance avec ses collègues le projet CiTIQUE. L’idée : « Créer du lien, avec l’aide des nouvelles technologies, entre la santé et l’environnement, mais aussi entre les points de vue, les domaines de compétences et l’expérience de chacun ». Le projet a déjà permis la mise en place d’une cartographie des piqûres de tiques en France et d’une tiquothèque inédite. Fidèle à son esprit d’innovation au service de l’harmonie, Jean-François Cosson résume son credo en citant Baudelaire : « L'imagination est la plus scientifique des facultés » !

(1) Département de recherche Écologie des forêts, des prairies et des milieux aquatiques de l'Inra

(2) Unité mixte de recherche Biologie moléculaire et immunologie parasitaires, Inra-École nationale vétérinaire d’Alfort-Anses

Mini-CV

  • 53 ans, marié, 2 filles
  • 205 publications scientifiques au 01/10/2017
  • 2016 : Directeur de recherche à l’unité mixte de recherche Biologie moléculaire et immunologie parasitaires, Inra-École nationale vétérinaire d’Alfort-Anses
  • 2013-15 : Chef adjoint du département EFPA (Écologie des forêts, des prairies et des milieux aquatiques) de l’Inra
  • 2006 : Directeur de recherche au Centre de biologie et de gestion des populations, Inra Montpellier
  • 1994-2005 : Chargé de recherche au Laboratoire de la faune sauvage, Inra de Rennes, Laboratoire Génome et Populations, université Montpellier II
  • 1994 : Thèse de Doctorat : Dynamique de populations et dispersion d’une chauve-souris frugivore en Guyane française.
  • 1991 : Assistant scientifique contractuel Inra, Station Kourou, Guyane Française
  • 1987 – 1988 : DEA Toxicologie fondamentale et appliquée à l'environnement
  • 1986 : Diplôme de Médecine vétérinaire

Zoom sur le projet CiTIQUE

Film CiTIQUE
Des recherches collaboratives pour mieux connaître les tiques et les maladies qu'elles transmettent

Le programme CiTIQUE offre l’opportunité aux chercheurs et aux citoyens mobilisés de travailler ensemble sur un mode collaboratif : une autre façon de faire des sciences participatives pour apporter de nouvelles connaissances sur l’écologie des tiques. Un film retrace la mise en place du programme à travers le regard et le témoignage des chercheurs, citoyens et facilitateurs, qui sont tous trois au cœur du projet.

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