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L’Inra à coeur

Directrice générale déléguée aux affaires scientifiques, Christine Cherbut a la haute main sur les orientations stratégiques de recherche de l’Inra. Issue d’un milieu ouvrier, cette pionnière en matière de nutrition humaine a fait quasiment toute sa carrière au sein de cette grande maison qu’elle considère comme sa « famille ».

Christine Cherbut, directrice générale déléguée aux affaires scientifiques de l'Inra.
Par Benoît Franquebalme
Mis à jour le 14/08/2017
Publié le 27/07/2017

Être modeste et fière n’est pas antinomique. Christine Cherbut en est la preuve. Dès le début de l’entretien, cette femme au verbe pesé installe le cadre : « Je suis née à Saint-Etienne au sein d’un milieu ouvrier. Je n’étais pas destinée à faire des études. » Mais la petite fille d'alors se moque du déterminisme social.

Les défis d'une recherche de pointe et innovante

« J’ai toujours aimé explorer et découvrir, sourit Christine. J’ai su très tôt que chercheur me plairait. » Passionnée par les sciences naturelles, elle pense d’abord à la médecine. Bac scientifique en poche, elle s’inscrit finalement à l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Lyon pour un cursus d’ingénieure en biochimie. De cette époque, la scientifique garde une grande nostalgie. « À l’Insa, il y avait tous les milieux sociaux et toutes les disciplines. » Elle s’y découvre une passion pour le rugby dont elle reste attachée aux valeurs de solidarité : « Tout le monde y a sa place, le petit comme le grand, le costaud comme le malingre. »

À la conquête du microbiote

À sa sortie de l’Insa, en 1982, elle est recrutée par l’Inra comme assistante contractuelle de recherche. Cela l’aide à mener à bien sa thèse sur l’étude des propriétés physicochimiques des fibres à l’École vétérinaire de Toulouse. Elle arrive au centre de Nantes en 1985 et devient chargée de recherches en nutrition humaine. « Jusqu’à présent, on ne s’intéressait qu’à la nutrition animale. » Son travail la ramène à une passion de toujours : l’alimentation. « C’est un bon moyen de découvrir l’âme humaine », estime cette épicurienne.  Mais, au cœur des années 80, la relation alimentation-santé ne va pas de soi.  « Vous êtes des diététiciens, vous étudiez les effets de la soupe », lui lancent certains. Tenace, elle se lance avec passion dans l’étude du fonctionnement du tube digestif. « Le microbiote était totalement ignoré à l’époque. Le terme n’existait pas ou presque. » Ce travail pionnier lui permet de contribuer à la constitution du GIP (Groupement d'intérêt public) Centre de recherche en nutrition humaine de Nantes en 1995, dont elle devient la directrice scientifique. En 1998, elle est nommée à la direction de son unité de recherches. En 2000, Christine Cherbut prend la vice-présidence du comité de nutrition humaine de l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments, devenue Anses en 2010). 
Au début du XXIe siècle, la jeune quadra est approchée par un chasseur de têtes mandaté par Nestlé. « Je n’en avais pas particulièrement envie au départ », assure Christine. Il faudra trois visites au centre de recherches de l’entreprise à Lausanne pour la convaincre. Directrice de la nutrition et de l’appui scientifique, elle développe le programme « Nutrition, santé et bien-être ». La Stéphanoise s’épanouit mais n’oublie pas l’Inra où elle désormais siège au Conseil scientifique.  

Apôtre du collectif

En 2011, un coup de téléphone de Marion Guillou (1) scelle son retour. La présidente lui propose de succéder au directeur scientifique Alimentation, décédé quelques semaines plus tôt. Pendant six ans, elle travaille de concert avec la direction générale pour rapprocher les recherches sur production agricole, transformation des matières premières et consommation alimentaire. « On a compris qu’on ne peut pas se contenter de nourrir les gens sans prendre en compte ce dont ils ont besoin physiologiquement, psychologiquement et socialement. La santé et le bien-être de nos concitoyens trouvent aussi leur source dans les champs. »
Son engagement est récompensé en avril 2017 quand Christine Cherbut est nommée directrice générale déléguée aux affaires scientifiques. Elle le dit avec émotion : « L’Inra c’est ma famille ». Dans ses nouvelles attributions, elle s’appuie sur le Document d’orientation 2025.  « Il fixe le cap : une nouvelle ère pour l’agriculture et l’alimentation, la préservation de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, de nouveaux défis pour une recherche de pointe et innovante. »
En avril 2021, son mandat s’achèvera. Mais cette force tranquille n’est pas du genre à s’en préoccuper. Tout juste consent-elle à dire que « tout ce qui m’est arrivé est inattendu. C’est le fruit de beaucoup de chance, de rencontres, de travail et de curiosité. Je suis heureuse. » Modeste et fière, on vous dit.

(1) Marion Guillou a été présidente directrice générale de l’Inra de 2004 à 2012.

Mini-CV

  • 57 ans, célibataire, sans enfants.
  • 1982 : diplôme d’ingénieur en biochimie à l’Insa Lyon.
  • 1985 : titulaire d’un doctorat de 3e cycle en physiologie animale à l’ENV Toulouse. Soutenance d’une thèse : « Fibres alimentaires et motricité digestive. »
  • 1986 : chargée de recherches en nutrition humaine à l’Inra Nantes.
  • 1995 : habilitation à diriger les recherches obtenue à l’Inra Nantes.
  • 1995-2003 : direction scientifique du GIP Centre de Recherche en Nutrition Humaine de Nantes.
  • 1998-2003 : directrice de l’unité Fonctions digestives et nutrition humaine, Inra de Nantes.
  • 2000-2003 : vice-présidente du comité de nutrition humaine de l’Afssa.
  • 2003-2011 : directrice de la nutrition et de l’appui scientifique du groupe Nestlé.
  • 2011-2017 : directrice scientifique Alimentation puis Alimentation & Bioéconomie à l’Inra.
  • Depuis avril 2017 : directrice générale déléguée aux affaires scientifiques de l’Inra.