La science à l’écoute des animaux

Céline Tallet travaille à l'unité Physiologie, environnement et génétique pour l'animal et les systèmes d'élevage (Pegase) de l’Inra de Rennes en tant qu’éthologue. Au sein de l’équipe SysPorc (1), elle se consacre à la compréhension des relations entre l’homme et le porc afin d’améliorer les conditions d’élevage et le bien-être animal, tout en facilitant le travail des éleveurs.

Portrait de Céline Tallet. © © INRA
Par Emmanuelle Manck
Mis à jour le 14/04/2016
Publié le 26/06/2015

L’éthologie pour améliorer les conditions d’élevage

Céline Tallet a voulu se consacrer à l’éthologie, soit l’étude du comportement des animaux, dès son baccalauréat : elle n’hésitera pas à se déplacer dans plusieurs universités pour suivre sa voie. Lors de son stage de licence de biologie à l’Inra en 2000, Céline Tallet découvre que « cette science a toute sa place dans l’amélioration des conditions d’élevage des animaux ». Ses recherches mettent alors en évidence le rôle majeur de l’odorat dans la croissance des poussins et l’importance pour les fabricants de mettre au point des aliments attractifs. À l’occasion de son doctorat, elle montrera que l’attachement que manifestent les agneaux envers les éleveurs lors de leur allaitement artificiel est autant dû à un attrait pour la nourriture qu’à un réel besoin de contact humain. En 2007, elle effectue son post-doctorat à l’Institut des sciences animales de Prague « pour changer de thématique et acquérir plus d’autonomie ».

Les vocalises des cochons révèlent leurs émotions

« J’ai travaillé sur la communication des porcelets par les sons qu’ils émettent, tels que les grognements ou les cris, afin de comprendre si l’on pouvait en déduire la condition émotionnelle de l’animal », explique Céline Tallet. « J’ai également évalué la justesse de la perception par les humains des sons émis par des porcelets placés dans une situation positive ou négative ». Si les éleveurs écoutent bien leurs cochons, même à distance, ils peuvent savoir si l’un d’entre eux a peur, va mal ou au contraire se sent bien.

Un besoin naturel d’interaction avec l’homme à prendre en compte

Depuis 2009, Céline Tallet étudie à l’Inra de Rennes, sur le site de Saint-Gilles, les relations entre l’homme et le cochon, dans l’objectif de développer des pratiques respectant le bien-être animal et facilitant le métier des éleveurs. Elle travaille notamment à une alternative à la castration des animaux. « Les porcs non castrés ayant la réputation d’être plus agressifs, nous les avons comparés avec des animaux castrés. Ils sont en fait plus actifs et interagissent plus avec les autres animaux, pas forcément de manière négative, mais ne sont pas plus agressifs avec l’homme », affirme Céline Tallet. « Ils ont cependant plus besoin d’interactions avec l’éleveur, ce qui doit être géré car ces animaux peuvent peser 100 kg ! ». La jeune femme étudie en ce moment la communication vocale de l’éleveur avec le cochon. Il apparaît que les porcs peuvent être sensibilisés à la voix humaine dès la période prénatale et être apaisés après leur naissance par la voix à laquelle ils se sont familiarisés, mais aussi qu’il est important de leur parler pour les apprivoiser. Elle cherche aussi à savoir s’il est suffisant d’apprivoiser un membre d’un groupe de porcs pour que la réaction à l’homme, par « contagion comportementale », se transmette à tout le groupe.                

(1) Le porc dans les systèmes d’élevage

Mini-CV

  • 35 ans
  • DEA de Biologie du comportement, Université Paris 13 en 2002
  • Doctorat d’éthologie cognitive, université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand en 2006
  • Post-doctorat à l’Institut des sciences animales de Prague (République Tchèque) en 2007-2008
  • Membre de la Société française d’étude du comportement animal et de l’International Society for Applied Ethology