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Carole Caranta, stratège sereine

Cheffe d’un département scientifique qui regroupe plus de 70 % des forces de recherche en biologie et amélioration des plantes à l’échelle nationale, Carole Caranta a des fonctions clé dans la stratégie scientifique et partenariale de l’Inra. Son itinéraire mêle passion pour la science et ouverture aux autres, à l’équilibre entre recherche fondamentale, finalisée et partenariat socio-économique.

Carole Caranta, portrait © NICOLAS Bertrand
Par Nicole Ladet
Mis à jour le 22/05/2019
Publié le 07/02/2019

Faire avec envie et passion, laisser la place aux ouvertures

Carole Caranta effectue actuellement un deuxième mandat de chef du département Biologie et amélioration des plantes (BAP), dirige l’Institut Carnot Plant2Pro, instrument phare du partenariat socio-économique, et pilote une prospective scientifique interdisciplinaire. Qu’est-ce qui l’a guidée jusque-là ? Ni l’accomplissement d’un rêve d’enfant, ni le calcul d’un plan carrière assure-t-elle. « Je suis quelqu’un d’enthousiaste : je veux faire avec envie et passion, sans me projeter, pour laisser la place aux ouvertures ». Le virus de la recherche, elle l’attrape lors d’un premier stage, l’été de son Deug1, à l’Inra d’Avignon. Elle enchaîne ensuite les stages dans différents labos de l’Inra et y réalise sa thèse. Ses recherches portent sur la génétique et l’étude des résistances aux maladies chez le poivron et la tomate. Puis, avec son équipe, elle découvre un mécanisme moléculaire de résistance des plantes aux virus, conservé au sein du règne végétal. Il permet à la plante d’empêcher le cycle de réplication du virus. Ces résultats leur vaudront une reconnaissance internationale, avant que Carole ne s’implique de plus en plus vers l’animation et la stratégie scientifique et renonce finalement pour cela à la recherche proprement dite. Pour elle, c’est « une évolution rapide, acceptée avec plaisir ». Elle ajoute : « au cours de mon parcours, j’ai eu la chance de rencontrer des enseignants, directeur de thèse, collaborateurs scientifiques, chefs de département extraordinaires qui m’ont beaucoup apporté et fait confiance. Je crois que j’ai su écouter leurs conseils et saisir des opportunités ».

Donner le cap, avec une approche humaine

En 2012, lorsqu’elle accepte la direction du département de Génétique et amélioration des plantes (GAP), elle est chargée d’aboutir la fusion de ce département, historiquement plus centré sur la recherche finalisée articulée à des partenariats socio-économiques, avec le département Biologie végétale (BV), plus restreint en effectif et axé sur la recherche fondamentale. Et elle qui, peu de temps auparavant, ne se projetait pas du tout dans ces fonctions, prendra ensuite la tête du nouveau département. « Cette fusion était assez simple d’un point de vue scientifique, beaucoup d’unités étaient déjà co-pilotées par les deux départements, des sujets étaient partagés et la révolution génomique avait gommé des frontières entre espèces modèles et espèces cultivées » explique-t-elle. Aujourd’hui, elle apprécie la diversité du département BAP « de la recherche fondamentale d’excellence, reconnue à l’international, à la génétique, l’amélioration des plantes, l’expérimentation et la gestion de ressources génétiques ». Une diversité qui fait également la force de ce département et qu’il s’agit de faire vivre dans un continuum.

Faire fonctionner l’intelligence collective

Cette fusion a été enrichissante sur le plan humain : « on ne peut pas faire de la recherche finalisée et des partenariats à fort impact sans un socle très solide de recherche fondamentale. Faire vivre cet ensemble c’est ce je continue à porter maintenant ! ». L’élaboration du schéma stratégique et l’évaluation du département (2013-2014) ont été des moments forts et fédérateurs du collectif du nouveau département. Pour donner le cap, Carole a fait fonctionner l’intelligence collective : « j’ai toujours apprécié l’animation de collectifs, porter des idées, une stratégie, une vision. Il faut s’entourer des meilleures compétences pour les mettre en œuvre. L’équipe de direction du département est exemplaire en ce sens ! »

Lorsqu’on l’interroge, elle mentionne n’avoir jamais connu de frontière en tant que femme et fait remarquer, amusée, qu’elle était déjà la troisième nommée à la tête du département GAP en 2012… En revanche, elle apprécie la parité atteinte depuis peu à l’Inra pour l’ensemble des chefs de départements : « ces collectifs équilibrés ont gagné en termes de vision ».

Au risque de l’agroécologie pour des innovations de rupture

Ayant réussi à composer le savant équilibre du nouveau département, Carole élargit sa palette avec l’animation de l’Institut Carnot Plant2Pro, qui fédère instituts de recherche et instituts techniques. « Les partenariats socio-économiques pour faire de la recherche très fondamentale avec une visée applicative, je les pratique et les apprécie depuis mes premiers travaux sur les mécanismes moléculaires de la résistance aux virus » souligne-t-elle. Plant2Pro poursuit des objectifs très larges : génétique, amélioration des plantes et biotechnologies ; mais aussi santé des plantes avec un focus sur le biocontrôle ; et enfin agronomie, systèmes de cultures innovants, agriculture numérique. Pour cela, 14 unités de recherche Inra de 3 départements sont impliqués aux côtés de 3 Instituts techniques.

Nous amenons nos chercheurs vers ce secteur par l’animation scientifique

La génétique reste un domaine très compétitif où des fonds privés importants sont investis, sans commune mesure avec les moyens de l’Inra, par exemple en sélection génomique. Mais, explique Carole « nos recherches se positionnent en complémentarité et en interaction par rapport à la recherche du secteur privé ». Par exemple, la recherche de nouveaux caractères pour les variétés de demain qui devront s'insérer dans des systèmes de culture répondant aux approches de l’agroécologie oblige à s’aventurer vers de nouvelles recherches et de nouveaux fronts de science. Elle vise à sélectionner des plantes mieux adaptées à des systèmes de culture innovants, mieux à même d’utiliser le microbiote du sol, ou encore s’intéresse aux plantes « de service ». « Or, les industriels n’investiraient pas seuls dans ces domaines, trop risqués pour eux mais à fort enjeu sociétal » déclare Carole. « Nous amenons nos chercheurs vers ce secteur par du soutien incitatif, de l’animation scientifique et des projets collaboratifs avec les partenaires ».  Les recherches participatives peuvent être une autre source d’innovation. Deux projets de sélection participative, en blé tendre et en blé dur, réalisés avec des agriculteurs et des associations, ont ainsi débouché sur de nouvelles variétés adaptées aux besoins de l’agriculture biologique.  

De nombreux partenariats sont par ailleurs noués avec les meilleures équipes internationales sur des sujets stratégiques en recherche fondamentale ou plus appliquée. Avec une délégation Inra, Carole s’est récemment rendue en Chine où un laboratoire international associé (LIA) portant sur la vigne a été signé, tandis qu’un LIA sur l’impact du changement climatique sur les arbres fruitiers est en préparation avec l’homologue brésilien de l’Inra (Embrapa).

Ouvrir d’autres perspectives par la prospective

J’apprends énormément

Depuis 18 mois, Carole est chargée de conduire une « prospective scientifique interdisciplinaire sur les approches prédictives en biologie et en écologie » qui doit aboutir à un plan d’action pour l’Inra. Pour cela, elle anime un comité de pilotage et des groupes de travail thématiques impliquant une centaine de personnes, avec des chercheurs d’autres instituts, comme l’Inria. Là encore, elle fait fonctionner l’intelligence collective : « par exemple, avec cette prospective, moi qui ne suis pas du tout du domaine des maths, j’apprends énormément ! ».

Impliquée sur tous ces fronts, Carole donne les clés de son équilibre : « J’ai cette capacité à prendre du recul sur les choses, qui est déterminante pour ces métiers ». Elle apprécie le temps passé avec sa famille, nombreuse et recomposée, aime les voyages et le sport. Elle s’applique à mettre son énergie sur des priorités même si ce n’est pas toujours facile, « sinon on bosse jour et nuit ». Pour cela, elle travaille avec une équipe de proximité en confiance totale : « j’aime assez déléguer et crois savoir m’entourer ».

« On ne fait jamais la même chose » conclut-elle. Au futur, elle se voit donc continuer à porter des chantiers stratégiques pour l’Institut et à animer des collectifs, avec une composante innovation et partenariat.

Note 1 : Deug : diplôme d’enseignement universitaire général (Bac +2)

Contact(s)
Département(s) associé(s) :
Biologie et amélioration des plantes

Mini-CV

  • 49 ans, vie maritale, 1 fils et 3 beaux-fils

Formation

  • 2003 : Habilitation à Diriger des Recherches de l’Université de la Méditerranée, Aix-Marseille II
  • 1995 : Doctorat en Sciences de l’Université de la Méditerranée, Aix-Marseille II
  • 1992 : DEA Biologie Cellulaire et Microbiologie, Université Aix-Marseille II

Parcours

  • Depuis Avril 2017 : Coordination de la prospective « Approches prédictives en biologie et écologie »
  • Depuis Juillet 2016 : Directrice de l’Institut Carnot Plant2Pro, pour des innovations au service de la compétitivité durable des productions végétales.
  • Depuis Janv. 2013 : Chef du Département de Biologie et Amélioration des Plantes
  • Janv. 2012 à Déc. 2012 : Chef du Département de Génétique et Amélioration des Plantes
  • 1997 – 2011 : Chargée de Recherche, puis Directrice de Recherche (2006) à l’Unité de Génétique et Amélioration des Fruits et Légumes (Inra PACA)
  • 1996-1997 : Stage post-doctoral (bourse de l’EMBO), à l’INIA Madrid
  • 1992-1997 : Attachée scientifique contractuelle Inra ; doctorat et participation aux programmes de recherche sur l’analyse génétique de la résistance aux maladies chez les solanacées

Hobbies

  • Voyages, sport

Prix et distinctions

  • 2018 : Prix de la Fondation Limagrain attribué par l’Académie d’Agriculture
  • 2013 : Chevalier de l’Ordre du Mérite Agricole