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Adventices : un peu, beaucoup, à la folie ou pas du tout ?

Bleuets, coquelicots, chardons… Ces plantes qui colorent les champs sont aussi jolies à voir que problématiques pour l’agriculture, parfois même pour la santé. Depuis 25 ans, Bruno Chauvel s’attache à comprendre comment ces mauvaises herbes, ou adventices, poussent « comme du chiendent » et pourraient être contrôlées alors que l’utilisation des herbicides de synthèse tend à diminuer.

Bruno Chauvel, directeur de recherche à l'unité mixte Agroécologie, centre Inra Dijon Bourgogne Franche-Comté
Par Emmanuelle Manck
Mis à jour le 27/06/2018
Publié le 22/06/2018

Lorsque Bruno Chauvel se préparait à son DEA (1) d’écologie à la fin des années 80, il cultivait l’idée simple d’étudier les communautés végétales. Mais lors d’un stage à l’unité de Malherbologie de l’Inra à Dijon, il a découvert les mauvaises herbes… et a rapidement plongé dans le bain de la recherche en agronomie. Au tout début des années 90 apparaissaient les premières interrogations sur la toxicité environnementale et la baisse d’efficacité des herbicides, liée à la résistance des plantes visées par ces produits. Bruno Chauvel a alors mis à profit son intérêt pour la génétique des populations avec une thèse comparant des populations résistantes et sensibles aux herbicides chez le vulpin des champs.

Depuis 8000 ans, les adventices accompagnent toutes les activités humaines

Des plantes qui survivent depuis la naissance de l’agriculture

Depuis, l’unité de Malherbologie est devenue unité Biologie et gestion des adventices, le thésard est devenu chercheur, puis directeur de recherche. Mais Bruno Chauvel étudie toujours ces plantes qui « enquiquinent » avec entêtement les agriculteurs depuis que l’agriculture existe. « Les espèces les plus gênantes ont varié et leur impact a fluctué au cours du temps : la moutarde des champs a régressé il y a des décennies, le vulpin et le chardon persistent, tandis que l’ambroisie se développe récemment », explique Bruno Chauvel. « Mais ce sont toujours celles dont le cycle de vie est le plus proche des cultures, car les possibilités de gestion sans destruction de la plante cultivée sont limitées ».

Vers un désherbage raisonnable et raisonné

À partir de son arrivée à l’Inra en 1993, les recherches de Bruno Chauvel ont porté sur l’impact des systèmes de culture sur les populations d’adventices. « Nous essayions de trouver des moyens de désherber les parcelles en utilisant le moins d’herbicide possible et en favorisant des pratiques alternatives », explique-t-il. « Nous proposions un désherbage intégré basé sur le travail du sol et l’association de solutions comme la rotation des cultures ou le désherbage ciblé ». Bruno Chauvel et son équipe faisaient régulièrement appel au savoir des experts du sujet pour améliorer le leur… : « Nous effectuions des essais chez des agriculteurs et échangions beaucoup avec eux pour évaluer l’intérêt de notre démarche et la confronter à la réalité du terrain ». Plus récemment, au sein de l’unité Agroécologie (2), Bruno Chauvel a participé à l’étude du rôle de l’organisation de l’agriculture dans l’espace sur les adventices. « Aujourd’hui, la gestion de cette flore n’est plus considérée à l’échelle de la parcelle, mais du paysage. Des haies, bordures enherbées ou jachères florales pourraient ainsi recréer un écosystème où les adventices seraient moins agressives pour l’agriculteur, lui permettant d’utiliser moins d’herbicide ».

L’ambroisie à feuilles d’armoise : envahissante et allergisante !

Les adventices ne se laissent pas pour autant facilement dompter ! Bruno Chauvel s’est en particulier consacré à l’étude des espèces envahissantes telles que l’ambroisie. « J’ai cherché les ‘point forts’ des plantes invasives qui tolèrent les pratiques de désherbage dans le but de réduire leur avantage », précise le chercheur. L’ambroisie est une coriace : la durée de vie de sa semence dans le sol dépasse celle de la rotation des cultures et elle supporte très bien tous les stress. « C’est une question compliquée à résoudre ! L’agriculteur devrait parfois supprimer une culture, ce qui peut engendrer des problèmes économiques. Il devrait aussi désherber le plus tard possible alors que les allergies aux pollens, en important développement, supposent de désherber tôt, ce qui peut engendrer des problèmes sanitaires et sociétaux ».

Depuis 2011, Bruno Chauvel met régulièrement son expertise au service des réflexions européennes et nationales sur la gestion de l’ambroisie. Il a ainsi été représentant français du projet européen COST-Smarter en Europe : « J’ai apporté, parmi des écologues et spécialistes de la lutte biologique, le point de vue de l’agronomie et de la France, durement touchée par cette espèce allergisante ». En tant qu’expert auprès de l’Anses (3), il a pu travailler avec des médecins sur des sujets de santé, primordiales, associées à l’ambroisie. « L’ambroisie me permet de découvrir des cultures scientifiques totalement différentes. C’est l’un de ses aspects les plus intéressants ! ». Enfin, jusqu’en 2016, Bruno Chauvel a coordonné l’Observatoire des ambroisies créé par le Ministère de la Santé et l’Inra, destiné à promouvoir la lutte contre l’ambroisie.

(1) Diplôme d’études approfondies
(2) Unité mixte de recherche Agroécologie (Inra-AgroSup Dijon-Université de Bourgogne-CNRS), centre Inra Dijon Bourgogne Franche-Comté
(3) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

Mini-CV

  • 55 ans
  • Marié, deux enfants.
  • 2014 : Diplôme d’Habilitation à diriger des recherches : Apports de l'agronomie et de l'écologie pour une gestion intégrée des communautés de mauvaises herbes.
  • 1993 : Entrée à l’Inra à Dijon.
  • 1991 : Doctorat en Écologie. Thèse : Polymorphisme génétique et sélection de la résistance aux urées substituées chez Alopecurus myosuroides Huds.
  • 1987 : Diplôme d’études approfondie d’Écologie générale option phytosociologie