Les fruits de sa passion

Dans ses vergers, Aude Alaphilippe, ingénieure de recherche, innove de la production intégrée des cultures, pour produire mieux en ménageant l’environnement, à l’évaluation de leur durabilité. À l’unité expérimentale de l’Inra de Gotheron, elle extrait les résultats de la recherche, les mixe aux besoins des professionnels, afin de récolter les fruits de pratiques arboricoles performantes.

Aude Alaphilippe, ingénieure de recherche à l’unité expérimentale de l’Inra de Gotheron. © Inra
Par Julie Cheriguene
Mis à jour le 27/02/2017
Publié le 16/02/2017

Aude Alaphilippe ne cherche pas sa voie, elle trace son chemin. « Je préfère les arbres », affirme –t-elle pour évoquer son choix de l’arboriculture à l’École nationale supérieure d’horticulture et d’aménagement du paysage d’Angers. C’est à cette époque qu’elle attrape le virus du voyage avec un premier séjour à l’université de Munich en Allemagne, où elle assistera les travaux d’un thésard sur la tavelure du pommier. « À mon retour, j’ai fait un stage toujours en arboriculture fruitière dans la Drôme : j’ai réalisé que c‘était vraiment ce que je voulais faire, et si possible dans cette région ! »
Son diplôme d’ingénieure agronome en poche après une année de spécialisation en protection des cultures sur le campus de Rennes, elle s’oriente vers un stage de recherche dans un laboratoire de l’Inra à Versailles. Le sésame indispensable pour pouvoir prétendre à un doctorat, qui lui ouvrira la porte de l’arboriculture fruitière appliquée.

Au plus près des besoins des producteurs

Vergers sans frontière

Dès lors, sa vision est claire : la recherche finalisée est son Graal. « Après plusieurs mois de recherche d’un laboratoire, j’ai finalement validé un projet de thèse en lutte biologique avec un Institut Italien. » Durant sa thèse, elle cultive ses échappées belles : « j’ai passé la majeure partie de mon temps en Italie, mais je devais aussi réaliser chaque année un séjour de 3 mois à l’étranger ». Une dynamique qu’elle continue d’entretenir depuis son retour à l’Inra en 2008 : « Ce qui me plait énormément, c’est m’ouvrir à des opportunités de collaboration et d’échanges. »
Au départ de son hypothèse de recherche : recouvrir les feuilles des pommiers de microorganismes afin d’altérer le comportement de ponte d’un de leur ravageur majeur, le carpocapse. Elle étudie également les effets secondaires de cette méthode de lutte biologique sur les bioagresseurs et maladies non ciblés. Des travaux dont la conclusion n’a pas été celle attendue : « les modifications de la surface de la feuille n’était en fait pas suffisantes pour affecter le comportement de ponte. » Elle consacre alors un temps important au décryptage de ses résultats auprès de son jury : « ce qui m’a motivée, c’est qu’il s’agissait d’une véritable thèse d’agronomie à visée appliquée, dans une région d’Italie riche en vignes et pommiers, avec de réels besoins de traitements alternatifs aux produits phytosanitaires. Mon objectif était de faire comprendre cet enjeu. » Une expérience qui la confortera dans son choix de carrière : « me creuser les méninges mais garder une part d’action sur le terrain, au plus près des besoins des producteurs. »

L’arboriculture durable en partage

Aude Alaphilippe, ingénieure de recherche à l’unité expérimentale de l’Inra de Gotheron. © Inra
Aude Alaphilippe, ingénieure de recherche à l’unité expérimentale de l’Inra de Gotheron © Inra
À l’unité expérimentale de Gotheron, elle passe un concours d’ingénieure de recherche : « la recherche appliquée, et dans la Drôme, c’était idéal ! » En travaillant sur le verger dans son intégralité, Aude s’attaque à des systèmes de culture plus complexes et une nouvelle problématique : celle de l’évaluation de leurs impacts environnementaux. Avec la méthode de l’analyse du cycle de vie (ACV), dont elle adapte les principes aux cultures permanentes fruitières. Puis avec la création d’un logiciel libre d’accès propre à la filière arboricole pour évaluer leur durabilité. « Les professionnels sont satisfaits d’avoir un outil spécifique à l’arboriculture.  Plus son utilisation sera répandue, plus grande sera la réussite ! » En prenant en compte à la fois les performances environnementales et socio-économiques des pratiques en verger, DEXiFruits s’inscrit comme un véritable outil d’auto-diagnostic et d’aide à la décision porté par les acteurs de la filière. Un bel exemple de transfert vers la profession : « nous avons travaillé avec les partenaires professionnels et instituts techniques pour identifier leurs besoins et mettre au point un logiciel utilisable par tous. » Pour Aude, travailler seule n’est pas une option : « C’est le côté génial de la recherche, mais ça m’est surtout indispensable, précise-t-elle non sans humour. Quand on est touche à tout comme moi, on a besoin d’experts sur lesquels s’appuyer ! »

Son prochain champ d’action est vaste et encore à défricher, avec la mise en place de systèmes de cultures multi-production : « comment évaluer plusieurs productions sur une même parcelle ? C’est un énorme challenge méthodologique ! » s’enthousiasme-t-elle. Un défi taillé à la mesure de son domaine d’expertise : savoir rassembler la recherche et les professionnels pour aller plus loin.

Mini-cv

  • 36 ans, 1 enfant
  • 2000 – 2003 : Master d’ingénieure en paysage, option horticulture, École nationale supérieure d’horticulture et d’aménagement du paysage d’Angers
  • 2002 – 2003 : Diplôme d’ingénieure agronome, spécialité protection des plantes, École nationale supérieure d’agronomie de Rennes
  • 2004 – 2007 : Doctorat, Istituto Agrario di San Michele All’Adige
  • 2008 : recrutement à l’Inra en tant qu’ingénieure de recherche à l’Unité expérimentale recherches intégrées – Gotheron, centre Inra Provence-Alpes-Côte d'Azur
  • Depuis 2014 : membre de l’Organisation internationale de lutte biologique (OILB)
  • Centres d’intérêt : le voyage, la découverte des autres     

Zoom sur DEXiFruits : évaluer la durabilité du verger

outil pour évaluer la durabilité du verger. © Inra
© Inra
Face aux attentes environnementales et sanitaires des consommateurs, des producteurs et des décideurs, les professionnels de l’arboriculture se mobilisent autour de solutions innovantes pour plus de durabilité des systèmes de culture. Les chercheurs de l’Inra, en partenariat avec le CTIFL, AgroCampus Ouest et l’IFPC ont ainsi réussi à développer un logiciel libre d’accès et facile d’utilisation pour les arboriculteurs et leurs conseillers.
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