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XIIIe cérémonie des Lauriers de l'Inra - 2018. © Arnaud Veldemann

Lauriers 2018

Héroïne des toxines

Avec plus de 200 publications scientifiques, un réseau international de collaboration et la formation d'une trentaine de thésards et de post-docs, Isabelle Oswald a par ses travaux marqué le monde des toxines de champignons. Elle reçoit le Laurier d’excellence de la recherche agronomique 2018.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 13/12/2018
Publié le 05/12/2018

Ce qui intéresse avant tout Isabelle Oswald, c’est la recherche. De l'immunologie à la toxicologie en passant par la mycologie, elle s’est attelée avec autant d’ardeur à chacune de ces disciplines et thématiques de recherche. « Vivre de ma passion est un luxe que j’apprécie tous les jours ». Après son recrutement à l’Inra en 1994, Isabelle entre de plain-pied dans le monde des mycotoxines, sous la houlette de Joseph Le Bars, qui lui transmet son enthousiasme pour ces toxines de champignons présentes dans 50% de nos aliments. Ces toxines ont été la cause de pathologies spectaculaires chez l’homme comme le feu de Saint-Antoine avec l’ergot de seigle ou plus sournoises comme le cancer dû aux arachides contaminées par l’aflatoxine. Les mycotoxines continuent à avoir un impact majeur en santé humaine et animale et à défier la science par leurs multiples effets et par leur foisonnement.  Un enjeu qui croît dans un contexte de réchauffement climatique favorable au développement des moisissures.

Des résultats pionniers

Avec son bagage d’immunologiste et d'ingénieur agronome, Isabelle choisit d’abord de travailler sur la vaccination en utilisant le porc, à la fois comme animal cible et animal modèle pour l’homme. Elle obtient un premier résultat marquant en montrant que les mycotoxines peuvent diminuer la réponse vaccinale et donc que certains échecs de vaccination, chez l’animal comme chez l’homme, sont imputables à une alimentation contaminée, un lien qui n’avait pas été envisagé auparavant. Deuxième résultat pionnier, Isabelle établit que certaines mycotoxines affectent l'intestin, qui ne joue plus son rôle de barrière sélective et protectrice, montrant ainsi que ces contaminants alimentaires, même à faibles doses, peuvent avoir un effet délétère à long terme sur la santé.

Cerner les mycotoxines, un enjeu de santé publique

Des défis et un enjeu de santé publique

Actuellement, au sein d’une unité de réputation internationale de près de cent chercheurs, Isabelle dirige une équipe d’une vingtaine de personnes dont une partie travaille sur la biosynthèse des mycotoxines et l’autre sur la caractérisation de leur toxicité. « Mon nouveau défi, c’est l’étude de l’effet des mélanges entre mycotoxines et avec d’autres contaminants, comme les métaux lourds. Nous sommes en effet exposés, dans la diversité de nos aliments, à des doses très faibles de contaminants, mais qui s’additionnent et génèrent parfois des effets cocktails ». La réglementation doit évoluer car pour l'instant elle ne considère pas les mélanges. Un défi aussi, car on estime que l’on ne connaît que 20% des molécules produites par les champignons, et d'autre part car certains métabolites de mycotoxines s’avèrent plus toxiques que les toxines de départ. C’est le cas pour l’aflatoxine, le plus puissant cancérigène naturel connu actuellement. Isabelle prête son expertise  à l’Anses et à l’EFSA qui évaluent les risques liés à la présence de contaminants dans les aliments.

A la paillasse par procuration

Avec beaucoup de simplicité, et sans qu’aucune ombre ne passe dans son regard rieur, Isabelle dresse un tableau extrêmement clair de sa thématique et de ses résultats, ponctuant chaque explication d’un « voilà » rassurant d’évidence. L’œil noir gourmand et malicieux, elle avoue avoir beaucoup de plaisir en suivant quotidiennement les « manips » de ses collègues. « J’ai vraiment le sentiment d’être à la paillasse par procuration ». Attentive et à l’écoute, elle n’hésite pas à s’interrompre chaque fois qu’un collègue passe la tête à la porte de son bureau. Le fonctionnement de son laboratoire est un modèle de travail collectif. Une bibliothèque de protocoles communs est à la disposition de tous et les expériences à programmer sont discutées en équipe chaque semaine.

« Le laurier ? conclut-elle, j’en suis heureuse parce qu’il récompense le travail de toute une équipe pendant vingt ans. Je ne m’y attendais pas ». Modeste mais rapide, Isabelle reçoit aujourd’hui le grand prix de la recherche agronomique à 56 ans, après avoir gravi à un rythme soutenu toutes les marches du poste de chargée de recherche à celui de directrice de recherche.

Isabelle Oswald, Laurier Grand prix de la recherche agronomique 2018, entourée de son équipe de l’unité Toxalim au centre Inra de Toulouse.. © Bertrand NICOLAS - Inra, NICOLAS Bertrand
Isabelle Oswald, Laurier Grand prix de la recherche agronomique 2018, entourée de son équipe de l’unité Toxalim au centre Inra de Toulouse. © Bertrand NICOLAS - Inra, NICOLAS Bertrand

Contact(s)
Département(s) associé(s) :
Alimentation humaine, Santé animale
Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Toulouse

Mini-CV

56 ans, mariée, 2 enfants

Parcours :

  • 1986 : diplôme d’ingénieur, ENSA Rennes
  • 1990 : doctorat Université de Rennes I
  • 1990-1994 : post-doctorat National institutes of Health, Bethesda, USA
  • 1993-2018 : Inra, UMR 1331 Toxicologie alimentaire, Toulouse. Chargée de recherche 2e classe (1996), 1ère classe (1997), Directrice de recherche 2e classe (2005), 1ère classe (2010)
  • Experte à l’Anses, l’EFSA, l’ILSI et l’IARC
  • Membre du comité éditorial de 9 revues scientifiques, reviewer de publications et projets internationaux
  • Chevalier de l'ordre national du mérite agricole (2010)

Hobbies : collection de figurines et images de petits cochons du monde entier

Un modèle de travail collectif

« Comme les expériences in vivo restent nécessaires pour vérifier les effets des mycotoxines sur l’organisme entier, nous devons parfois manipuler sur le porc entier. Nous groupons alors toutes les expériences à faire pour limiter le nombre d’animaux sacrifiés. Tous les chercheurs de l'équipe se mobilisent à ce moment-là, quel que soit leur sujet. Cela crée des interactions entre les projets et un esprit de partage et de solidarité dans l’équipe » analyse Isabelle Oswald.