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Les Lauriers de l'Inra 2017

Lauriers 2017

L’emballadeuse

Nathalie Gontard est une pionnière dans le monde des emballages. S’inquiétant de l’accumulation de déchets plastiques dans le sol et l’eau, elle invente des emballages biodégradables innovants et veut anticiper la totalité de leurs impacts dès leur conception. Inspirée par les pratiques découvertes au cours de ses nombreux voyages, Nathalie voit loin dans l’espace et le temps.

Par Pascale Mollier
Mis à jour le 15/12/2017
Publié le 20/11/2017

« Pourquoi les emballages ? Je ne sais pas…Peut-être parce que c’était un terrain vierge dans les années 90 ». Peu portée sur l’autoanalyse, Nathalie arrive avec son casque de vélo et son sac rouges, silhouette juvénile, port de danseuse. « Dès mon DUT, j’avais deux thèmes en tête : les emballages et les pays en développement. Ma plus grande satisfaction, trente ans plus tard, c’est d’arriver à mobiliser une communauté de recherche internationale autour de cette problématique des emballages plastiques et des déchets. Et le laurier de l'Inra est aussi une reconnaissance de l’importance de cette thématique », poursuit-elle en attachant ses cheveux et en appliquant son rouge à lèvres, posée et précise. En matière d’emballages comme dans la vie, Nathalie voit loin. Dans les années 70, il y a eu un véritable engouement pour le plastique, pratique et peu cher, mais on n’a pas pensé au devenir des tonnes de déchets enfouis dans le sol et aux particules qui envahissent les océans. La main en visière sur le front, comme sur le bateau de son navigateur de mari, Nathalie regarde au-delà de l’horizon. Il faut travailler sur le devenir de ces plastiques sur le très long terme, il faut aussi les recycler au maximum, et enfin, inventer des emballages issus des végétaux et biodégradables.

Zéro gaspillage en agriculture

Les trois quarts des plastiques ne sont pas recyclables de façon répétée. D’où l’importance de se pencher sur des emballages biodégradables, mais pas n’importe lesquels. Ce n’est pas parce qu’un produit est biosourcé qu’il est vertueux. Par exemple, on peut élaborer des barquettes alimentaires à partir de granulés de maïs, mais si ce maïs est cultivé en Chine en compétition avec l’alimentation, cela n’a pas grand sens. L’enjeu est de fabriquer ces bioproduits à partir de déchets végétaux locaux et non valorisés, tels que les ceps de vigne, les résidus d’olives, etc. On peut aussi recycler les effluents de laiterie ou de vinification grâce à des microorganismes qui produisent à la fois du méthane pour l’énergie et des bioproduits pour les emballages. C’est tout l’esprit du projet No Agro-Waste, « zéro gaspillage en agriculture », le petit dernier que coordonne Nathalie, un projet qui embarque pas moins de 32 pays, dont la Chine, pour un budget de 8 millions d’euros. « Ce projet est innovant parce qu’on cherche à évaluer l’ensemble des impacts d’un produit dès sa conception, grâce à la modélisation, et non pas a posteriori » souligne Nathalie, qui ne perd jamais son fil. L’objectif est de concevoir des emballages ayant une balance globale positive.

« Au Japon, je n’étais pas une femme, juste une étrangère »

Une inspiration venue d’ailleurs

« C’est la peur qui fait baisser les yeux sur le guidon et empêche de voir à long terme ». La peur, Nathalie a appris très tôt à la surmonter. Après son DUT, elle va chercher l’inspiration partout dans le monde. En Afrique, en Amérique du Sud, en Asie, jeune, seule, avec appréhension mais avec ses certitudes chevillées au corps, elle enquête pendant dix ans sur les « emballages-feuilles » qui existent depuis longtemps dans ces pays : envelopper les aliments dans des feuilles de différentes essences d’arbres, dont certaines changent de couleur quand le produit s’abime, précieux indicateur. Avec le soutien du Cirad, elle motive des équipes pluridisciplinaires et monte des laboratoires au Congo, au Bénin, sur ces filières menacées par l’expansion du plastique. Au Japon, elle s’intéresse aux emballages « intelligents ». Lui revient alors un résultat obtenu pendant sa thèse : une protéine de blé qui change de conformation et de propriétés électriques en présence de CO2, d’ammoniaque, d’éthanol. Pas utilisable comme constituant d’emballages, mais excellente pour déceler la dégradation des aliments qui commencent à fermenter. D’où l’idée de fabriquer une puce RFID à partir de cette protéine, pour capter ces émissions et indiquer une date de péremption réelle. Encore une solution pour éviter le gaspillage. L’innovation fait son chemin chez un industriel. 

« L’Inra ? un fabuleux outil au service de l’agriculture et de l’agroalimentaire en France et au-delà… »

Optimiste, Nathalie croit à l’action collective. Elle transmet sa vision internationale à son équipe et au delà. Les collaborations sont nombreuses et Skype fonctionne non-stop dans les labos. Nathalie pose ses valises d’abord en 1999 à l’Université de Montpellier, puis en 2011 à l’Inra où elle devient chercheuse. Elle se ressource dans son Ardèche natale, où ses parents lui ont donné un modèle de vie simple, en étroite connexion avec la nature, presque en autarcie. Emue, elle évoque le souvenir de son père, plombier, jardinier, pêcheur, expert en truffes. Un père fondateur, deux frères enracinés dans leur terroir, deux enfants minimalistes dans leur mode de vie et aventureux, l’un pilote, l’autre plongeur, deux autres enfants de sensibilité humaniste et écologiste. Transmission, passation…On comprend mieux maintenant pourquoi Nathalie a choisi de travailler sur les emballages biosourcés et biodégradables…

Au centre Nathalie Gontard, lauréate du Laurier Défi scientifique 2017, entouré de l'équipe de l’unité Ingénierie des agropolymères et technologies émergentes du centre Inra Occitanie-Montpellier. © Inra, NICOLAS Bertrand
Au centre Nathalie Gontard, lauréate du Laurier Défi scientifique 2017, entouré de l'équipe de l’unité Ingénierie des agropolymères et technologies émergentes du centre Inra Occitanie-Montpellier © Inra, NICOLAS Bertrand

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Caractérisation et élaboration des produits issus de l’agriculture
Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Montpellier

Et après ?

Deux pistes essentielles : mener des recherches sur le devenir des déchets plastiques accumulés dans les décharges et développer l’emballage « idéal » sur les plans économique, écologique et sociétal. En attendant, Nathalie suit le développement des innovations qu’elle a initiées : un emballage à base de particules de fer qui empêche l’oxydation des aliments et un emballage muni d’une puce RFID qui détecte la dégradation des aliments et indique une date de péremption réelle. Elle anime une équipe centrée sur la conception et l’évaluation de biomatériaux.

Mini-CV

  • 53 ans
  • 1983 : baccalauréat scientifique
  • 1983-1985 : DUT à Montpellier
  • 1985-1988 : diplôme d’ingénieur et master
  • 1988-1991 : thèse à l’Université de Montpellier et post-doctorat à Norwich (RU)
  • 1992-1998 : chercheuse au Cirad, enseignante à la Section Industries Alimentaires des Régions chaudes de l’ENSIA (renommée AgroParisTech) aujourd’hui rattachée à Montpellier SupAgro
  • 1998-1999 : chercheuse à l’Université de Uji, Japon
  • 2000-2010 : professeur à l’Université de Montpellier
  • 2010 : professeur à l’Université de Kyoto, Japon
  • Depuis 2011 : directrice de recherche, UMR « Ingénierie des Agropolymères et Technologies Emergentes », Inra Montpellier.
  • Plus de 150 publications, nombreuses distinctions dont le prix « Etoile de l’Europe » H2020 en 2015.
  • Hobbies : lecture, vélo, natation, navigation, danse.

Pour en savoir plus

  • Reportage sur le recyclage des déchets agroalimentaires
  • Outil d’aide à la décision pour l’écoconception > Lire l'article
  • Vidéo : Emballages alimentaires, innover pour la sécurité et la durabilité. Introduction du CIAG du 08/06/2017 :